LE DRAME DE AISSA

            Aïssa est une jeune fille Tamacheck, d’origine de la région de Tombouctou, orpheline de pére, où la mère sert à titre d’aide-soignante.
            Elle a fait ses premiers pas de sa vie entre la ville de sa naissance et Ouagadougou, une ville du Burkina Faso, en compagnie de ses soeurs et son frère. Mais l’âge aidant, sa mère a décidé de rester, en se projetant sur l’avenir de ses enfants, pour mieux s’intégrer et s’imprégner des réalités de son milieu à Tombouctou.
           Cette sage projection lui a été payante, d’autant plus qu’enfin elle  était associée à toute action dont le but était l’amélioration des conditions de vie précaires dont étaient celles des membres de sa communauté.Elle trouva ainsi un poste de conseillère médicale, dans le cadre de ses activités humanitaires, au sein d’un projet d’aide aux couches les plus démunies. Aussi, elle effectuait régulièrement des déplacements de contact à l’intérieur de la région. Ainsi, elle a eu l’opportunité de se faire plusieurs connaissances et parmi les meilleures des membres du projet, qui ne sont pas tous forcément des Tamacheks. Elle a su tellement créer la bonne ambiance au sein de son groupe que ceux-ci, au retour de chaque mission, venaient prendre le clair de leur temps chez elle.
          C’est dans ce composite multiple en couleur qu’Aïssa a vécu l’enfance. Mais comme sa mère , elle ne nourrissait aucune aversion contre la peau noire, bien que plus tard elle fut mariée à un jeune militaire tamachek de sa grande famille. D’ailleurs le mari de sa soeur benjamine est originaire de Ségou et est Diarra, sans perdre de vue cependant que sa deuxième soeur a pour mari un guide arabe de Tombouctou qui tire toute sa subsistance de cette activité, qui lui rapporte d’ailleurs beaucoup, étant propriétaire d’une voiture land-criser qu’il loue à ses touristes qui le payent bien pour chacun de ses services.
          Tout se passait bien jusqu’au jour où la rébellion a éclaté en 2012, alors qu’elle était avec son mari en service à Kidal. Les méfaits de cette réversion a dispersé la famille, dont certains membres se trouvent au Burkina Faso et d’autres en Mauritanie. C’est là que fut grande sa surprise  de se trouver en conflit avec celui-ci qui a pris la décision de regagner les rangs du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Après avoir lutté en sourdine contre cette décision insensée, elle finit par lui déclarer son divorce. Abandonnant son mari qui ne voulait rien entendre, tandis que leurs deux gosses sont avec leur grand-mère réfugiée au Burkina Faso,elle prit le risque d’emprunter le chemin de Bamako, en passant par Gao, au moment où l’occupation des régions du Nord battait son plein. Il serait une évidence d’affirmer qu’elle a rencontré toutes les difficultés au cours du parcours, et mêmes des menaces. Au niveau de Sévaré, lieu de concentration renforcée des forces militaires, dont Serval, afin de pouvoir continuer, elle a été obligée de faire appel à un magistrat qui avait exercé à Tombouctou.
         Malgré tous les regards hostiles de toute nature dont elle faisait l’objet, elle parvient à joindre Bamako, en se posant la question sur la justesse de sa détermination à vouloir rester coûte que coûte du côté légaliste.
        Elle fut accueillie à Bamako par une amie canadienne, qu’elle avait rencontrée à Tombouctou, puisqu’elle n’y connaissait personne, pour l’instant du moins, dans le feu de la crise. Au début, elle se terrait sous l’ombre de cette amie qui lui assurait tous ses subsides. Mais la crise s’éloignant peu à peu, elle osa sortir, en allant même jusqu’au centre ville sans déboire. Il faut en cela saluer l’action des autorités de l’époque et les bonnes volontés qui ont intercédé contre l’idée que toutes les peaux blanches sont complices de la rébellion. Au fil des jours, elle découvrit la ville, d’anciennes et de nouvelles connaissances en l’occurrence.
       Actuellement, tout en gardant le contact avec sa famille qui hésite à retourner au bercail, qui n’est pas encore totalement sécurisé, elle envisage de se remarier à un sudiste qui met un entier point d’honneur à la mériter.
      Du nord au sud, existent, de façon majoritaire, des personnes qui ne pensent que l’unique Mali, contrairement à tout ce que l’on voit actuellement en Ukraine.
     Enfin, le drame de Aïssa prendra certainement fin, quand il sera apporté à cette crise, qui n’a pas lieu, une solution.

Laisser un commentaire