LA DIPLOMATIE MALIENNE MISE A MAL A PARIS

Ce jour Toumani Djimé Diallo, Ambassadeur du Mali à Paris, a osé, sans langue de bois, en regardant droit dans les yeux le Président de la commission défense du Sénat français, et en tenant bien dans ses bottes, révéler le fond de ses pensées sincèrement. Il ne croyait pas mieux faire lorsque les propos qu’il a tenus pour les exprimer provoquèrent, sans qu’il le souhaitât, un tollé si puissant qui a failli entrainer l’effondrement  de l’espoir du maintien des relations qui sont celles qui lient actuellement le Mali à la France. Comme aux dernières habitudes qu’elle a prises, celle-ci, qui n’admet être que flattée, s’insurgea et le mit au banc des accusés. Aussi, elle prit faits et causes contre toutes ses pensées en faisant croire même qu’il n’est pas un bon représentant d’une diplomatie crédible, intellectuelle. D’où notre regard sur I-A- les qualités intellectuelles de l’homme, B- ses compétences diplomatiques, II- la portée réelle des propos qu’il a tenus, III-A- et la réaction des autorités maliennes, B- et de l’opinion publique.
I-                    Les qualités intellectuelles de l’homme et ses compétences diplomatiques :
Il ne souffre d’aucun doute sur les qualités intellectuelles et diplomatiques de l’homme eu égard au parcours dithyrambique  qu’il a effectué durant sa carrière professionnelle.
A-     Les qualités intellectuelles de l’homme :
En lisant la fiche d’identité de BAMAKO.com et pour celui qui connaît l’homme, on réalise que Toumani Djimé Diallo possède des qualités intellectuelles exceptionnelles dont l’essentiel de l’affirmation s’est passé en France où il a reçu et réalisé ses meilleurs diplômes. Il y a occupé des postes importants, avant d’aller continuer à transmettre son amour du travail bien fait à un Pays africain qui a su lui valoir ses mérites. De ce Pays, la Côte d’Ivoire, il est rentré à la maison familiale avec laquelle il a gardé des liens ineffaçables. Digne fils, au Mali, d’abord professeur, par la suite Directeur de publication d’un organe, le Démocrate et consultant, puis Directeur de Cabinet du Président de l’Assemblée Nationale, Ambassadeur du Mali au Maroc, il gravit tous les échelons pour être récompensé enfin comme Secrétaire Général à la Présidence, avant d’être nommé Ambassadeur du Mali en France. Cela veut tout dire de l’homme, quant à ses compétences, autrement, ses professeurs qui l’ont formé et reconnu sa valeur s’en seraient voulus.
B-      Les  qualités diplomatiques de l’homme :                                                           Tel qu’affirmé plus haut, il n’est pas à sa première expérience dans la diplomatie, car il avait été Ambassadeur au Maroc, où il a laissé une bonne presse auprès des autorités chérifiennes et des Maliens qui y vivaient. Certains le regrettent  nos jours. Un ressortissant malien dans ce Pays a dit à son propos « Nous n’avons pas eu jusqu’ici un Ambassadeur comme vous, aussi attentif aux problèmes des Maliens. Nous vous regretterons toute la vie. Merci pour tout ce que tu as fait pour nous ».
Et dans ce pays qu’est la France, qu’il connaît comme les doigts de sa main, il n’est pas le premier venu. Il peut s’y targuer d’y avoir laissé des bonnes traces. D’ailleurs, mis à part cet incident regrettable, la chancellerie française l’a toujours adoubé l’un des meilleurs diplomates. C’est pourquoi sa surprise n’a de limite que sa conviction que son intention n’est pas de tenir des propos vexatoires, comme ils ont été.
II-La portée réelle des propos qu’il a tenus :
La portée de ses propos a été, si l’on accepte de se placer sous un certain angle de jugement,  un déclic à la conscience de l’état de critique probante de la majorité des Maliens vis-à-vis des résultats des forces françaises au Mali. A ce propos, le niveau d’information de beaucoup de Français qui ignorent le vécu réel de l’intervention française a été relevé. Dans l’entendement de celui qui pense que la France est à l’orée d’une démocratie avancée, son Sénat traditionnellement demeure un symbole de l’expression libre et sincère du peuple. En effet, le peuple y a droit à une information vraie, sans langue de bois.
La réaction des autorités françaises, je doute que ce soit celle du peuple français qui veut avoir la vraie version des faits de la cause, s’est volontairement focalisée sur les reproches qu’il a tenus contre la légion étrangère, en mettant la gomme sur ceux relatifs au manque de résultats de l’armée française, alors que dans la croyance populaire malienne elle a les moyens d’en engranger. Il serait inutile d’insister sur la récurrence de l’aggravation de la crise qu’elle a pour mission d’enrayer. Beaucoup de milliers de morts enregistrés qui mettent une croix sur sa présence qui rappelle cette autre assertion du diplomate affirmant que « les forces françaises ont donné Kidal aux rebelles », d’où la mise en cause de l’exclamation de l’ex-Président François Hollande lors de sa visite officielle au cours de laquelle il a dit : « J’ai passé la plus belle journée de ma carrière politique », confirmant que le Mali sait être reconnaissant quand il le faut et réfractaire à toute duperie. Autrement, l’appel à « Takuba » et les supplications à l’endroit des forces américaines pour qu’elles restent à côté de celles de la France  ne sont-t-ils pas les preuves visibles de l’échec des stratégies menées, pour l’instant ? Ou bien, les autorités ne veulent pas que l’on le dise avec franchise ?
Donc, l’accusation de l’Ambassadeur Toumani Djimé Diallo de vouloir stigmatiser la désolation du peuple malien, qui assiste impuissant à des massacres de sa population civile et militaire, sans distinction d’âge et de sexe, ne tient nullement. Ses propos reflétant le sentiment le plus partagé n’ont pas pour but d’attiser le feu longtemps allumé du sentiment anti-français sur ses approches de règlement de la crise que connaît son Pays.
A ce propos, la satisfaction a été grande d’assister à l’engagement plus poussé de Barkhane après le sommet de Pau.
Quant à la légion étrangère intégrée dans l’armée française, qui ignore que c’est leur propension mercantile qui est la raison de leur existence ? Les autorités françaises pensent que l’on ignore qu’elle est capable des exploits les plus extraordinaires pour mieux gagner sa vie, faisant d’elle une proie facile à la corruption. Qui peut exclure qu’elle est capable de jouer selon ses intérêts malgré le serment qui la lie ? Le dire, en fait, n’est pas préjudiciable si cela permet d’avoir un œil vigilant sur elle, car c’est au Mali qu’elle agit, pas en France.
III-La réaction des autorités maliennes  et de l’opinion publique :
A-     La réaction des autorités maliennes :
Elle n’a été que celle des autorités françaises qui ont voué aux gémonies l’Ambassadeur pour sa franchise. Les déclarations de celui-ci ont été tenues le 27 et le 28 Février fut dépêché d’urgence le Ministre des Affaires Etrangères du Mali, Tiéblé Dramé, à Paris, pour éteindre les braises dit-on, parce que les rapports de force, surtout maintenant, ne sont pas favorables au Pays de Modibo Keïta. Donc la réaction des autorités maliennes conditionnée à celle de Paris était rendue obligatoire sinon il faut craindre la mise à prix de la tête du Président Ibrahim Boubacar Keïta.
On notera, en recul, que chaque fois que ce dernier a aussi osé, la justice française avait mise au goût du jour l’affaire dite Tomi avant que celle-ci trouve une issue heureuse pour lui.
Et à ce jour, l’actuel Président de la République française, le jeune Emmanuel Macron, que l’artiste Salif Keïta traite de gamin, et le Jean Yve le Drian, ne manquent aucune occasion de lui rappeler qu’ils ont le pouvoir de le lâcher s’il le faut, tant qu’il ne se soumet pas à leur desideratas. En effet, c’est à cette posture que se résout le pouvoir du Mali, écartelé entre une horde de malveillants et des manifestants sociaux les plus déterminés à avoir gain de cause. Quand quelqu’un tient tes couilles entre ses mains, avant de les libérer, il y a risque à crier fort sa victoire contre lui, ce qui fait que la redondance de la volonté des Maliens à l’évacuation des forces étrangères pose problème, surtout lorsque rien ne garantit qu’après cette évacuation l’armée nationale pourra tenir seule la sécurisation de l’ensemble du territoire, en face des obscurantistes.
Il y a le fait également que plus de 44 soldats français sont morts à cause de cette crise sur le sol malien. C’est un fait indéniable qui est à regretter, car quelle que soit sa manière la mort n’est pas souhaitable. Mais malgré, entre amis, si réellement l’amitié existe, la vérité doit être de mise. Evitons la maxime qui soutient que « seule la vérité blesse ».
C’est d’autant plus étonnant qu’aucune vérité ne peut être dite aux autorités françaises lorsqu’elle émane des Africains. Désormais, pour refuser de l’entendre, c’est récent, des visas de ceux qui l’osent sont systématiquement annulés ou rejetés, l’interdiction du territoire français est décrétée, des financements sont annulés, des réactions presqu’épidermiques sont soutenues. Et pourtant, l’on sait que la vérité éclatera au grand jour quand le mensonge s’arrêtera de courir. Fuir la vérité, c’est encourager le mensonge.
Enfin, le Président Ibrahim Boubacar Keïta connaît mieux que quiconque Toumani Djimé Diallo et ses qualités d’homme intellectuel, pour avoir travaillé longtemps avec lui. C’est en reconnaissance de ses valeurs que celui-là l’a propulsé ainsi à des hautes fonctions comme celle d’Ambassadeur du Mali en France. Son écart de langage, si dire la vérité est un écart de langage, ne doit pas engager la responsabilité de IBK comme l’on peut penser, outre mesure, à la Métropole. Il n’y avait eu auparavant aucun conciliabule entre les deux avant ce que l’on peut appeler sa comparution devant la commission de la défense du Sénat français. Les propos qui ont fait sauter au plafond alors qu’il n’en était rien pour des gens véridiques, sont venus directement de la sincérité du diplomate malien qui a toujours parlé sans langue de bois. Cependant, et c’est aberrant, des propos plus graves ont été tenus par d’autres voix sans qu’ils créent l’émoi auquel l’on a assisté venant de ceux de Toumani.
La France doit se rassurer que quel qu’en soit le Mali est composé de vieux peuple civilisé qui ne s’en prend pas facilement aux étrangers, et qui les ont toujours protégés d’ailleurs. Le sentiment que les Maliens expriment  présentement n’est d’autre que la conséquence du désarroi que causent les ignobles tueries de leurs semblables, en dépit de la présence massive des forces de toutes sortes sur son territoire.
B-      La réaction de l’opinion publique :
L’opinion publique est très partagée selon que l’on soit malien ou français, ou africain, selon que l’on soit pour ou contre.
a-      L’opinion publique française qui désapprouve les propos du diplomate malien :
Tous ceux qui pensent que le noir n’est pas l’égal du français ont crié au scandale, en entendant les propos de l’Ambassadeur malien, avant même de comprendre le fond de sa pensée et la cause qu’il défend, en ignorant ou oubliant qu’il a préparé l’essentiel de la réalisation de sa vie en France à laquelle il est reconnaissant, et contre laquelle il ne garde aucune haine. Ils sont ceux-là qui condamnent l’intervention de Barkhane au Mali
b-      L’opinion publique française qui approuve les propos du diplomate malien :
Pour ceux-ci, dans une France libre et démocratique, l’opinion est sacrée quand elle exprime la vérité à laquelle on pense. Aussi, ils demandent le respect mutuel dû aux rapports entre Pays, sans discrimination. En soutenant les efforts des forces françaises, ils pensent que l’expression sincère d’une opinion seule ne peut pas conduire à nier l’efficience d’une intervention militaire dont le but est purement humanitaire, si elle est bien menée.
c-       L’opinion africaine :
D’une manière générale, excepté ceux qui attribuent au diplomate le manque de diplomatie devant la France qui porte le titre de duce, les Africains, dans leur grande majorité, estiment qu’il n’a pas tué un lion ou le diable avec ces simples mots, dès lors où il a rendu un éminent service à cracher la vérité que tout Africain, surtout Malien aimerait dire de la même façon. Personne ne comprend, selon eux, que la crise s’étire et s étend et que les morts augmentent chaque jour au moment où les forces appelées au secours se décuplent.
d-      L’opinion publique malienne :
Elle est sidérée, sauf une minorité, à l’idée de savoir de plus en plus que la France pense qu’elle est seule détentrice de vérité, au point de prendre une attitude scabreuse à chaque fois que ce ne sont pas de fausses louanges pour elle. Ne pense-t-elle pas qu’elle exagère en se fâchant à cause des dénonciations que les Maliens font contre les carnages qui se perpétuent sur leur sol sous ses yeux? Elle n’a pas cure de sa réaction lorsque l’occasion est donnée de lui porter la vérité en face.
Enfin, elle donne raison à Toumani qui devrait même rappeler à la France que le Soudan français, l’actuel Mali, a perdu des millions d’hommes sur le territoire français, pour sa gloire, sans rien lui réclamer. Ceux-ci n’ont eu droit, pour sa reconnaissance, qu’à des maigres pensions discriminatoires par rapport à celles octroyées aux anciens militaires français de l’époque de la guerre mondiale. Donc, elle  a le devoir, si elle possède le minimum de conscience, de faire mieux que de continuer à penser à imposer sa volonté colonisatrice déjà révolue. Ce que l’Allemagne nazie ne lui a pas fait.
Enfin, le citoyen malien croit que quelle que soit la résolution qui va suivre les propos de Toumani Djimé Diallo, celui-ci restera un homme de valeur, qui a eu seul tort de tenir la vérité qu’il pense en son for intérieur, et qui est le quotidien des Maliens qui demeurent optimistes à l’issue heureuse de la crise.

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