LE NOEUD GORDIEN D'UN ENGAGEMENT

 La mémoire des raisons qui ont poussé l’ex -Président IBK à la sortie du pouvoir est encore fraîche sauf pour ceux qui ont celle de la poule. Pour y parvenir toute une panoplie de récriminations avait été déroulée, avec des promesses d’y remédier dès que le pouvoir change.

Les Maliens attendent donc, impatiemment, ce changement qui porte plusieurs qualificatifs tels refondation, rupture, Mali-Kura, etc…, dont s’était fait le temple M5-RFP en se rendant incontournable. Ainsi, après tout ce qui se sait, la primature est revenue à ce mouvement hétéroclite dans la personne de Choguel  Kokala Maïga qui en était le Président du comité dit stratégique. En effet, ce dernier, à cette fin, a joué des mains, des coudes et des pieds . Alors, l’on en convient, que si tout dépendait de cela, le but est atteint dont le revers est la demande forte de ce changement tant clamé. Aussi, les Maliens marquent à la culotte tout acte posé en son nom. Et, à présent, aucune erreur n’est tolérable. L’espoir, par ailleurs, est permis que tous les maux qui grippent la bonne marche du Mali seront soignés, parce que ceux qui tonnaient la mauvaise gouvernance et présentaient une batterie de solutions sont à la commande. La seule expression  qui vaille, surtout de la part de ceux qui ont été renversés, est:  » Toi qui a passé le temps à critiquer, voilà, toi-même tu es au pouvoir, montre le contraire, fais alors mieux  « .

C’est donc en vue de répondre aux attentes du peuple que le Vendredi dernier le Premier Ministre a déroulé son plan d’action devant le CNT, qui fait la tête d’un parlement. Cet exercice, pour ceux qui savent, répond à une exigence institutionnelle qu’ édicte l’article  15 de la Charte de la Transition en ces termes : « …Le Conseil National de Transition adopte le plan d’action de la feuille de route de la Transition présentée par le Premier Ministre. »

L’article 16 complète cet article en ses dispositions ainsi conçues : » Le Conseil National de Transition veuille à l’orientation , au contrôle et au suivi-évaluation de la feuille de route de la Transition. »

Cette imposition tire sa source de l’article 54 de la Constitution du 25 février 1992 qui dispose : » Le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée Nationale dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 78 et 79. » La lecture de ces deux derniers articles sus-mentionnés nous renvoie à  l’assise du plan d’action présenté par le Premier Ministre Choguel Kokala Maïga appelé par ailleurs « Déclaration de Politique Générale ‘.

Mais, le plan d’action de la Transition ainsi décliné est du moins très ambitieux au regard du temps imparti pour sa mise en œuvre efficiente, sans lui dénier sa pertinence et en recadrant une partie du contenu de ses axes.

En effet, il se présente en quatre (4) axes, neuf (9) objectifs fondés sur trois (3) piliers, et coûte deux mille cinquante milliards soixante trois millions (2050 063 000 000) FCFA. Le moins que l’on puisse affirmer est que chacun de ses piliers demeure une mer à boire. Ainsi, en concédant une approche synthétique donc logique on aura pas du tort à mettre l’accent particulier sur le premier axe sans lequel les autres axes ne pourront se réaliser que par escamotage.

C’est pourquoi, au lieu de l’expression « Renforcement de la sécurité « , il serait plus juste de parler de retour de la sécurité, car au jour où nous parlons, il n’existe de sécurité nulle part sur le territoire malien. Si ce ne sont pas les bandits armés, ce sont les djihadistes et leurs complices parmi lesquels les rebelles et une partie de la communauté internationale  qui tiennent la loi. On parle de renforcement de ce qui existe. Donc, le préalable le plus important c’est le retour entier de la sécurité sur toute l’étendue du pays. Peut-on réaliser des réformes vraiment consensuelles dans un territoire où  une partie est interdite aux autorités nationales tant qu’elles ne mettent pas la main à la poche afin d’avoir le droit de passage et de l’accès ? A la limite de ce que les populations vivent,elles ont la tête ailleurs qu’aux réformes que Bamako a toujours prises à leur absence. A l’état actuel de la nation, si encore elle existe, ces dernières n’ont plus le droit d’aller vaquer à leurs affaires, à leurs champs et pâturages, pêches, entre deux villages, deux marchés, entre deux villes. Elle vivent quotidiennement la peur au ventre. Des villages ont été anéantis et leurs habitants ont fui. Dans ces conditions, parler de réformes est une insulte pour elles et un moyen de les en écarter comme par le passé récent. Elles pensent que même la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation qui les concerne principalement ne peut se réaliser en les excluant. Donc, il faut la paix d’abord, impérieusement.

Ainsi, dans la paix et la sécurité , les élections que nous appelons de tous nos voeux crédibles, transparentes et inclusives notamment seront possibles. Autrement, nous risquons de retourner à la case départ comme beaucoup l’ont dit maintes et maintes fois. Quelles élections viables peut-on organiser dans un pays en lambeaux où quelques enturbannés en armes s’opposent à toutes réformes qui ne les arrangent pas? Ceux-ci veulent la vache, le lait et le beurre, sinon gare pour le Mali. D’ailleurs, à l’heure, nous ne disposons pas de fichier fiable, le nombre exact d’électeurs faisant  polémique, et la question du découpage administratif, base de circonscriptions électorales, n’est pas réglée.. 

Pour en venir à la bonne gouvernance liée en grande partie à la sécurité qui est une question transversale, aucune autorité ne peut concevoir et mettre en sentier de manière efficace un programme de développement qui échappe à tout contrôle. Il manquera même d’équité quant à la retombée de ces dividendes entre les bénéficiaires. La gouvernance qui peut être biaisée par défaut de réformes idoines ne mènera à rien de positif. Au demeurant, l’on n’oublie pas les autres aspects qui peuvent rendre la gouvernance acceptable, c’est le cas de ressources humaines de qualité, de l’impunité et de l’égalité des chances. 

Enfin,  cette gouvernance qui claudine jusqu’ici fait place à une bataille rangée entre le Gouvernement et l’UNTM, d’une part, entre le Gouvernement et la synergie des enseignants, d’autre part, et, pour ne rien arranger, entre cette synergie et l’UNTM. Ce combat de titans laisse pantois les Maliens qui ne comprennent pas qu’à l’effet de lutte d’intérêts, le pays soit paralysé et que l’avenir des enfants qui n’ont rien fait pour le mériter soit compromis. Le souhait généralisé est que ceux-ci trouvent un terrain d’entente qui pourra nous éviter une déstabilisation du pays qui a la langue sur le menton. Cette situation, à n’en pas douter, ouvre deux fronts au Gouvernement si elle s’enracine. L’article 39 qui constitue le point d’achoppement et qui n’est pas abrogé, dit-on par le Gouvernement, peut continuer à produire ses effets, malgré l’harmonisation des grilles. Il reste à discuter de tout cela, surtout sur les primes et indemnités, dans une conférence sociale, afin de minimiser les inégalités qui existent à ce niveau également. 

Pour ce qui concerne  l’aspect relatif à l’impunité, une surprise a été que l’on se projette dans le plan d’action de procéder à des audits parcellaires se rapportant à la vente des bâtiments publics seulement, alors que toute la gestion des services publics doit être revue à la loupe. C’est à ce prix que le nettoyage des écuries d’orjas sera convaincant.

On retiendra que l’expression de bonnes intentions est une chose, mais sa mise en œuvre efficiente en est une autre chose. Sa réalisation à souhait des Maliens peut conduire à demander la prolongation de la durée de la Transition, car le seul souci n’est autre que la recherche du bien-être pour tous. Qu’importe l’homme qui est à leur tête, qu’il soit militaire ou civil, tant les Maliens ont souffert de la mauvaise gouvernance avec son corollaire de malheurs.

Ceci amène à  dire que le délai imparti à la Transition est loin d’être une sinécure si les conditions d’une bonne gouvernance ne sont pas réunies. Il peut être prorogé une seule fois d’une année ou deux à l’effet de pouvoir remettre le Mali sur les rails, sur de bons pieds, dès lors où les autorités montrent une bonne foi et répondent aux aspirations du plus grand nombre. 

La communauté internationale peut être priée, même suppliée pour permettre de parachever ce plan d’action, au moins dans l’essentiel, s’il n’arrivait pas à être réalisé dans le délai fixé, malgré la bonne fois des autorités maliennes actuelles, à défaut de pouvoir s’affranchir de ses diktats qui ne résolvent pas toujours les problèmes qui se sont accumulés au fil du temps au Mali. Elle doit être plus magnanime pour prendre en compte l’enlisement du pays qui a besoin d’une thérapie en profondeur. Ici, la précipitation ne sied pas. 

Mais, pourquoi, bon sens, cette communauté internationale ne met pas toutes ses forces pour ramener la paix d’abord au lieu de penser à des élections précipitées qui ne concerneront qu’une partie du territoire, par ricochet, une partie de la population, comme cela s’était passé lors de celles de 2018, avec tout son cortège de fraudes dans le septentrion ?

En  tout cas,pour clore , l’adage  » un homme averti en vaut deux  » s’applique au Premier Ministre Choguel Kokala Maïga, en droite ligne des positions qu’il avait prises, avec ses compagnons, afin de mettre à la touche IBK.

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