L'opposition politique dans le cadre du Mali

                            Etymologiquement,  on entend par opposition du latin oppositus, placé devant, situé en face, opposé, contraire, venant du verbe opponere, placer pour faire obstacle, placer contre, placer en face, opposer.
                              L’expression « opposition de sa majesté » fut employée pour la première fois au cours d’un débat tenu au parlement britannique en 1826; elle est restée en usage depuis. Alors, elle recouvre plusieurs définitions : en politique, donc, l’opposition désigne l’ensemble des mouvements et partis qui s’opposent aux forces politiques détenant le pouvoir. Dans un régime représentatif (avec un parlement élu par les citoyens), l’opposition est l’ensemble des partis  qui n’appartiennent pas à la majorité parlementaire ou à la coalition au pouvoir.
                              Elément essentiel du pluralisme démocratique, l’opposition exprime ses divergences et ses points de vue critiques par rapport à l’action du gouvernement. Elle ne peut exister que si le système politique est organisé et reconnaît ses droits. Si sa lutte est clandestine, on parle de résistance.
                               En démocratie, l’opposition permet aux citoyens d’être informés de manière contradictoire sur la politique conduite par le gouvernement et de leur proposer une alternative politique sur la base d’un programme qui doit être réalisable.
                                L’opposition est un contre-pouvoir qui dispose de certains moyens pour se faire entendre : la mise en cause de la responsabilité gouvernementale devant l’Assemblée nationale par la motion de censure, les amendements et propositions de lois, la saisine du conseil constitutionnel, les questions posées au gouvernement.
                                L’opposition permet l’alternance politique en ce sens qu’elle arrive dans un cadre sécurisé à offrir autre programme politique que celui mis en œuvre par le gouvernement. Elle permet en outre de renouveler le personnel politique en parvenant à convaincre la jeunesse de se rallier à sa vision plus jeune de la manière de conduire la politique.
                                En Grande Bretagne, le statut du Chef de l’opposition est érigée en fonction officielle. Ce qui lui donne le droit d’intervenir dans toutes les questions d’importance avérée pour la Nation.
                                 Aux Etats-Unis, le système politique est tel que d’office , soit les Républicains ou les Démocrates sont dans l’opposition  et exercent par ce fait un contrôle assez poussé à l’égard du pouvoir au point de rendre la conduite des affaires compliquée. Actuellement nous vivons le cas où le congrès composé en majorité d’opposants au Président Obama paralyse toutes les activités, en refusant de l’autoriser à prendre des engagements en matière de dettes jusqu’à un certain taux.
                                   En France, un jour par mois est consacré à l’opposition pour ses interventions, les postes de rapporteurs et de président dans les organes parlementaires d’évaluation et de contrôle (commission d’enquête, comité d’évaluation et de contrôle légalité de temps de parole) lui reviennent, et depuis 2007, la présidence de la commission des finances de l’Assemblée nationale est assurée par elle.
                                Donc l’opposition à charge de s’opposer, contrôler et de proposer, de façon constructive. Sans se donner le droit d’œuvrer contre les intérêts de la Nation, elle doit pouvoir contenir et aiguillonner le parti au pouvoir. Pour cette fin, son accès à la presse, aux contenus des documents de toute administration ou service doit lui être garanti.
                                  C’est pourquoi, par rapport à ce qui précède, les Maliens affirment qu’au Mali il n’existe pas d’opposition politique. On note seulement que récemment une  loi 2000-047 AN RM a été mise en chantier dans le but de donner un statut à l’opposition. Encore  votée elle dégage des principes qui constituent la base de la pratique embryonnaire, notamment dans la représentation nationale ne comportant qu’une chambre. Ainsi, à l’appui d’un règlement intérieur, le parti Sadi, associé au RPM de l’actuel locataire de Koulouba, s’était déclaré opposant au  gouvernement d’Amadou T. Touré. Ce semblant d’opposition ne représentait  aucun poids à l’Assemblée nationale dont les 99% des députés étaient acquis au pouvoir, et presque indexé comme ennemi par égoïsme. Aussi, la porte de  la plupart des services publics et mêmes privés lui est fermée. Ses actions de contrôle n’existent pas, en prenant  en compte la composition des commissions.
                                A l’heure, aucun statut n’est reconnu au Chef de l’opposition malienne.
                                     Il faut noter qu’aussi la culture politique d’opposition ne s’était pas encore affirmée dans un pays où la culture du citoyen fait de celui-ci le soumis au chef quelle que soit la situation. Ne dit-on pas que lorsque le chef te donne une giffle sur une joue, tu dois lui présenter la deuxième pour lui donner entière satisfaction ? La culture malienne ne tolère pas l’opposition, surtout lorsqu’on pense d’elle qu’elle est stérile. A nos jours, il est permis de soutenir qu’elle est l’apanage de quelques intellectuels qui ne s’en servent que pour faire valoir leurs intérêts propres. Le RPM qui n’arrivait pas à se faire comprendre l’a pratiquement quittée vers la fin du mandat du Président ATT.
                                      L’opposition malienne a besoin de formation , suivie de plus de garantie, pour éviter le vécu d’ailleurs. Dans certains pays africains, l’opposition est pourchassée comme la peste.
                                      Par ailleurs,  au Mali, la configuration politique des partis et les idées  que véhiculent leurs patrons omniprésents  permettent difficilement  de marquer des frontières dont ceux-ci ont, en outre, peur de se fixer  afin de prévenir l’humiliation, d’autant plus vrai que la plupart des hommes politiques maliens traînent des casseroles qui les affaiblissent.
                                      Mais néanmoins, l’espoir n’ est pas perdu, car une opposition balbutiante, à cause de ce qui est dit, mais qui semble opportune, est entrain de se former, avec l’accession de Ibrahim Boubacar Keïta au pouvoir.
                                      C’est dire qu’aucune démocratie n’est crédible et réceptive à la promotion des libertés, si elle ne tolère pas une opposition, du moins constructive.

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