La mort a encore frappé le Mali

                              Si ma mémoire ne me trompe pas sur les informations glanées à propos du lâche assassinat des journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, en mission de reportage au compte de RFI au Mali, précisément à Kidal, ceux-ci sont venus dans « le sac » de la force internationale, la MINUSMA, à la suite du refus de les y amener de cette autre force dénommée Serval qui ne se prête plus à un tel jeu et sensée cependant être en position privilégiée lui permettant d’avoir l’œil sur tout ce qui peut paraître suspect au Nord.
                            Il n’est pas exagéré d’affirmer que la mort, portant inexorablement en elle de si navrant, a fait pleurer de manière atrabilaire pour une fois encore tout être humain doué de bon sens, d’humanisme. Le Mali, de nature, réprouve tout manquement à son hôte, quel qu’il soit, tellement l’hospitalité y est sacrée. C’est sur ce chapitre que je mets l’émotion suivie de larmes du Président de la République, et il n’est pas seul, bien qu’à regarder de près une série de faits amène à se poser plusieurs questions, en dehors desquelles toute affirmation hâtive peut conduire à l’erreur, avant la conviction formelle qui sera apportée par les enquêtes. Quelles sont ces questions ?
                       – d’abord, comment, connaissant la dangerosité de la mission des journalistes, aucune précaution n’ait été prise, serait-ce l’information par Serval de leur présence à Kidal, pour que sur place le relais sécuritaire soit assuré?
                      -à Kidal, quel a été leur premier contact à leur arrivée? Est-ce que c’est directement avec le fameux chef rebelle du MNLA? Si c’est le cas, qui savait qu’il s’y trouvait pour l’interview de ce dernier? Puisque incontestablement, leurs ravisseurs les attendaient. Au demeurant, ces ravisseurs ont suivi quel itinéraire dans cette ville morte de Kidal pour échapper à tout contrôle, sans être même vus. Ce qui peut permettre de déduire qu’ils étaient là, non loin, en vue d’intervenir au premier signe. Est-ce que les ravisseurs, une fois le crime commis, n’ont pas rebroussé chemin et regagné leur base à Kidal, après avoir obtenu ce qu’ils cherchaient? Par exemple les preuves du reportage, ou de l’argent.
                  -d’après toujours le chef rebelle, ceux-ci parlaient tamachek et l’ont tout simplement sommé de rentrer dans sa maison au moment où ils opéraient, alors qu’il est permis de soutenir que si ce sont les djihadistes, comme MUJAO qui a chassé leur mouvement, ils devaient être la première victime, ne le portant pas sur leur cœur comme ses compagnons. Il est une vérité là-bas que la plupart des djihadistes sont arabes et ne parlent pas tamachek, exceptés les gens d’Iyad Ag Ghali. Est-ce que dès lors il n’est pas autorisé de dire que les ravisseurs sont de MNLA ou D’ANSARDINE?
                 -toujours selon le chef rebelle, des gens les ont vus et ont affirmé que les ravisseurs étaient quatre. Or dans le nord, précisément cette zone, les habitants se connaissent. Les témoins n’ont-ils pas pu donner d’indices permettant d’orienter les enquêtes?
                 C’est dire que, si cette tuerie barbare n’a pas de lien avec le versement de rançon pour la libération des otages, elle est incompréhensible et absurde autrement. Comment se fait-il, accepter la libération conditionnée d’otages détenus plus de trois ans et tuer des journalistes en reportage alors qu’ils n’étaient pas menaçants?
                 En conséquence, la solution la meilleure et souhaitable pour tous, c’est de mettre Kidal en coupe gardée par les autorités maliennes qui connaissent mieux le terrain et peuvent mettre en ligne ses services de sécurité qui sont à même de mener ce genre de mission de prévention, de recherche de criminels. Il est de l’intérêt des autorités de France de le comprendre, à moins d’aller à contre-courant des résolutions de l’ONU qu’on a tendance à mettre dans les tiroirs.

Laisser un commentaire