LA CARTE NINA, UN SESAME?

Le but qui est devenu un moyen relève désormais du parcours du combattant. Aucun Malien ne se dira pas deux fois que pour l’obtention de la carte  NINA, l’on est obligé de faire le guet à devenir piquet, à courir parfois dans tous les sens pour approcher un proche, ou une connaissance qui a la main à la pâte, ou de débourser ou de faire débourser pour graisser la patte de celui qui a la possibilité de vous faciliter son accession.
Pour celui qui connaît la raison qui a motivé l’institution de la carte NINA qui continue à livrer ses déboires,  il serait superfétatoire d’affirmer  que celle-ci a été voulue pour rendre fiable et sécurisée l’identité des personnes, qu’elles soient physiques ou morales. Le législateur donne sa source par la loi n°06-040 du 11 août 2006 portant institution du numéro d’identification nationale des personnes physiques et morales, modifiée en 2011 et en 2013. L’article 1erde cette loi dispose :<Il est institué en République du Mali le numéro d’identification nationale des personnes physiques et morales en abrégé NINA.> Et l’article 2 de la même loi définit le NINA comme un numéro d’identification nationale qui <a pour objet d’individualiser chaque personne physique ou morale par un numéro unique.> Cette loi , en son article 7 a ajouté que <Le numéro d’identification nationale attribué à une personne physique est inscrit sur la carte d’identité nationale, le passeport, le permis de conduire, le carnet scolaire, le carnet médical, la carte d’électeur, la carte de séjour pour les étrangers, les documents de personnes morales et les actes d’état civils.> C’est là que l’on comprend aisément l’importance de la carte NINA qui devient, de ce fait, un sésame sur lequel il faut mettre la main à tout prix, d’autant que, sans le numéro qu’elle porte, toute pièce ou document est systématiquement rejeté. Mais le bas blesse à savoir que, où elle devait être accessible à tous, certains esprits mercantiles devant l’Eternel l’ont rendue une denrée rare qu’il faut trouver par les moyens cités plus haut, ou en se levant chaque jour à quatre (4) heures du matin. Ce ne sont pas ceux qui ont fait un sit-in devant le Consulat du Mali en France pour l’obtenir qui vont me démentir. Certains ont perdu ou ont failli perdre leur emploi parce qu’ils n’arrivaient pas à renouveler leur passeport, et par conséquent, leur carte de séjour. C’est pourquoi, l’on ne comprend pas qu’en violation des procédures pour son acquisition, tout soit concentré jusque récemment à Korofina. Il fallait s’y rendre pour mieux mesurer la souffrance de ceux-là qui n’ont de choix que de la quérir. C’étaient des rangs à être fou (certains y passaient la nuit), et si vous parvenez à franchir tous les obstacles, vous vous retrouvez devant des gens qui vous regardent de haut comme si vous les déranger, ou vous répondent avec indifférence et sèchement. Ainsi, vous sortez sans avoir rien compris, ou, par un peu de veine, avec la promesse d’un rendez-vous qui ne viendra jamais, ou, la dernière possibilité, avec la chance d’être coopté par un quidam qui, tapis presque sous les escaliers, vous offre de vous aider moyennant une somme variant entre quinze mille (15.000) FCFA et cinquante mille (50.000) FCFA. Si vous acceptez de jouer le jeu, dans un temps très voisin, vous aurez votre sésame.
L’aberration qui pousse à bout se présente quand la fiche individuelle remise au demandeur comporte des erreurs. Il arrive que par cette situation l’envie vient de commettre l’irrespect quand le vis-à-vis réclame l’argent à l’effet de corriger ou de faire corriger l’erreur émanant du fait du Centre de Traitement des Données d’Etat Civil, communément appelé CTDEC. Or la loi n°2013-015 du 21 mai 2013 portant protection des données à caractère personnel en République du Mali dispose en son article 13 que :<Toute personne justifiant de son identité peut exiger du responsable d’un traitement que soient, selon les cas, rectifiées, complétées, mises à jour, verrouillées ou supprimées les données à caractère personnel la concernant, qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte, l’utilisation, la communication ou la conservation est interdite.
Lorsque l’intéressé en fait la demande par écrit, quel que soit le support, le responsable du traitement doit justifier, sans frais pour le demandeur, qu’il a procédé aux opérations  exigées en vertu de l’alinéa précédent dans un délai de trente (30) jours, après l’enregistrement de la demande.
En cas de contestation, la charge de la preuve incombe au responsable du traitement auprès duquel est exercé le droit d’accès.>
Après ce texte, il est mal vu d’exiger quoi que ce soit pour corriger une erreur pour laquelle le demandeur à la correction n’a commis aucune faute.
Ces malversations sont monnaie courante lors des élections pendant lesquelles la carte d’électeur comportant le numéro d’identification nationale peut être soumise à spéculations. Elle peut se retrouver entre les mains autres de celui qui est le véritable propriétaire, et qui vote avec elle.
Alors que suivant les dispositions de la loi électorale, en ses articles 59 et 61, elle doit être remise à chaque électeur au plus tard à la veille du scrutin.
La carte NINA donc pensée et réfléchie pour sa justesse, remplira pleinement sa fonction lorsque partout où se trouve un Malien, elle lui sera accessible dans les conditions les meilleures et plus faciles. Les autorités qui nous gouvernent doivent y avoir un œil très pointilleux comme ce fut le cas pour le passeport.

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