L'ARTICULATION EXPLICITE DU DISCOURS DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, ABDOULAYE DIOP, DEVANT LE CONSEIL DE SECURITE DE L'ONU

 

Le 13 Juin 2022, le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale, Mr. Abdoulaye Diop, a tenu, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, un discours très révélateur de la position actuelle du Mali et de ce qu’entendent les autorités maliennes d’aide à la souveraineté. En effet, ce discours vient en réponse au récent rapport du Secrétaire Général de l’ONU sur le Mali. C’est pourquoi, après les remerciements d’usage et du rappel des raisons qui ont amené le Mali à prendre ses responsabilités en mains, permettant de mettre en conditions optimales ses forces armées et de leur montée en puissance pour la défense de l’intégrité du pays menacée par toutes sortes d’hordes terroristes, malgré la présence sur son sol de multiples forces étrangères, dont Barkhane, Task- Force Takuba, Minusma, G5-Sahel, et j’en passe, il entre dans le vif du sujet en l’axant sur des points essentiels :                                                                                                                                              LA MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION AU MALI ISSU DU PROCESSUS D’ALGER :

A ce propos, le discours du Ministre remet sur la table la mauvaise foi de certains groupes armés qui ont toujours joué au chat et à la souris avec le Mali à l’effet d’empêcher la concrétisation de la paix voulue par tous les Maliens, y compris les habitants du Nord dans leur majorité. C’est ainsi qu’ils se mettent en tête que l’exception qui leur est donnée de faire recruter leurs combattants au sein des corps de défense et de sécurité serait une aubaine de prendre en charge tout le monde, mêmes ceux que l’on ne peut pas qualifier de combattants, et qui n’ont jamais combattu d’ailleurs, et des étrangers dont d’irréductibles terroristes, sans au préalable déposer les armes. Il est évident qu’ils manquent de loyauté et pensent que le Mali boit l’eau avec les narines pour leur octroyer sur le plateau leur désir farfelu de le diviser. Ils en ont même fait, au vu et au su de tout le monde, un fond de commerce et un moyen de chantage. Autrement, le Mali, a noté des avancées notoires dans sa mise en œuvre diligente et intelligente, depuis sa signature, notamment sur le plan politique, sécuritaire, du développement et de la justice et de la réconciliation. Dans cet objectif, des assises nationales ont été tenues, à l’issue desquelles on a enregistré des recommandations fortes relatives à l’élaboration d’une nouvelle constitution, pour instituer le Sénat entre autres mesures. A présent, tous les Maliens, sans distinction de sexe, excepté quelques groupes armés, sont mobilisés en vue d’aboutir à une solution de rechange à l’insécurité que vivent depuis dix (10) ans les populations innocentes.

SUR LA SITUATION SECURITAIRE :

A la faveur de la montée en puissance des Forces Armées Maliennes (FAMAS), les populations se réjouissent du retour progressif de l’accalmie réduisant les groupes terroristes à se livrer parfois à la tuerie des ânes et des chevaux au lieu des hommes comme on le connaissait il y a peu. Des villages entiers avec tout ce qu’ils contenaient avaient été ravagés sous l’œil et la barbe de toutes les forces étrangères citées plus haut censées venir empêcher de tels faits insupportables pour le bon sens. Actuellement, le Gouvernement prenant le taureau par les cornes, a anticipé le désengagement à pas de tortue de ces forces demeurées impuissantes devant les assauts incessants des terroristes. Des dispositions souhaitables sont en train d’être prises pour éviter un vide sécuritaire dù à ce retrait des forces qui jouaient en solo et donnaient l’impression de favoriser le terrorisme. Cette impression se consolide dans les déclarations des autorités françaises qu’incarnaient Jean Yves le Drian et Florence Parly, qui n’avaient manqué aucune occasion de montrer aux Maliens que leurs forces n’agissaient que selon ce qui leur était commandé souvent contre les intérêts du Mali. Jean Yves le Drian n’avait pas caché ses sentiments en déclarant haut et fort que ceux qui ont créé l’hécatombe, étaient leurs frères,  quand un autre soutenait qu’ils étaient en train de réaliser des exploits contre les forces maliennes. On se rappelle par ailleurs, que c’est leurs forces qui avaient interdit l’accès à Kidal avec elles aux armées maliennes avec lesquelles elles avaient libéré les autres parties du Mali qui étaient sous domination dite djihadiste. Ainsi, pour la réalisation de leur dessein caché, les autorités françaises ont pu plier la volonté du Conseil de Sécurité à sa volonté de commander la Minusma qui prétend recevoir sa protection de la force Barkhane. Une force englobant logiquement toutes les forces, censée intervenir pour le retour et le maintien de la paix, se fait protéger par une autre force d’une nation généralement oeuvrant pour ses intérêts propres. C’est de l’hérésie. Là se justifie la demande du Mali de la ré-articulation des missions de la Minusma qui doivent se réorienter en collaboration franche avec les forces maliennes afin de se concentrer surtout sur la protection des populations civiles et de leurs biens. Parce que le Mali se soucie de la possibilité, pour la Minusma, dans sa configuration actuelle, sans cette collaboration franche souhaitée, de se voir opposer des entraves à la montée en puissance de son armée sous prétexte non justifié de lutter contre des violations des droits de l’homme, alors qu’il n’en est rien. Donc, si la Minusma ne peut jouer que le rôle d’une demoiselle de charité, le Mali est en mesure de lui assurer la protection qu’elle souhaite pour ses hommes qui fournissent des efforts peu louables à l’ensemble des Maliens, contre les terroristes qui ne font pas de la dentelle en tuant le maximum d’innocents. Pou cela, le Mali demande à cette Minusma d’achever son plan d’adaptation avec les nouvelles réalités du terrain. Donc, il n’est plus question pour le Mali de laisser en divagation une force qui était tout faite à l’effet de l’aider à recouvrer l’ensemble de son territoire en mettant fin à l’hécatombe qui frappe ses populations depuis l’invasion terroriste qui a commencé le 17 janvier 2012.

SUR LE RENOUVELLEMENT DU MANDAT DE LA MINUSMA

Par rapport à cette dynamique, le Mali insiste sur la réorientation de l’intervention de la force onusienne. Elle doit se focaliser désormais sur la protection des populations civiles qui payent en masse leur vie contre les terroristes et aider, par ce biais, les autorités maliennes à restaurer son autorité sur l’ensemble de leur territoire. C’est pour dire qu’elle n’a pas été faite pour braquer ses projecteurs biaisés sur le Mali qui ne cherche qu’à ramener la paix et la sécurité au bénéfice exclusif de ses populations meurtries par un état de fait injuste. Elle doit, plutôt, offrir une collaboration franche à l’alternative d’une insécurité qui n’est voulue pour arranger personne, sans faux calcul, en apportant un soutien total aux FAMAS, qui sont déterminées désormais à être au devant de la scène des opérations. Cette collaboration, si elle est bien menée, peut taire des suspicions, et éviter des croyances injustifiées de violations des textes régissant le droit militaire international, tel que dit à certains endroits, par les autorités françaises et, par ricochet, le Secrétaire Général de l’ONU.

SUR LA DEMANDE D’APPUI AERIEN DE BARKHANE

Mais à ces fins de collaboration, de complicité devant le mal en gestation permanente, le Mali s’oppose fermement, il est dit fermement, à la demande d’appui aérien de Barkhane encore sur son territoire, qui l’a abandonné unilatéralement en plein vol, et qui n’a d’yeux que pour localiser ses forces au compte des terroristes qui se déplacent en colonnes de cent (100) et plus de pick-up. D’ailleurs, il a dénoncé les accords militaires qui le lient à la France qui est personne non-grata pour le peuple malien. Et il demande à la Communauté internationale d’accorder le respect à sa souveraineté par rapport à ces décisions qu’il juge justes pour lui

SUR LES ALLEGATIONS DE RESTRICTIONS IMPOSEES A LA MINUSMA

Sur ces allégations, le Ministre fait savoir que le Mali n’a pas pris de mesure spéciale officielle restrictive contre la Minusma. Mais que seulement, il importait de parvenir au dégagement de l’espace terrestre et aérien afin de permettre l’évolution normale des FAMAS dans certaines parties du territoire, et leur éviter aussi des collisions avec d’autres forces. C’est pourquoi une coordination harmonisée entre les FAMAS et la Minusma est nécessaire. Sinon, toutes les demandes de vols coordonnés de la Minusma ont reçu jusqu’ici l’accord des autorités maliennes. Pour être clair, le Mali souhaite que les vols de la Minusma ne viennent pas contrarier les vols de ses forces qui ont seule destination d’aller neutraliser des terroristes.

SUR LA QUESTION DU RETOUR A L’ORDRE CONSTITUTIONNEL

Sur cette question, le Ministre Diop a tenu à réaffirmer l’attachement du vieux peuple malien à la démocratie. En effet, déjà en 1236, la première constitution progressiste du monde, appelée aujourd’hui charte du mandé, a été initiée à kurukanfouga. Donc, sur ce plan le Mali n’apprend plus beaucoup de choses. Il œuvre sans relâche à ce retour à l’ordre constitutionnel. C’est ainsi que le décret n°2022-0335/PT-RM  du 07 juin 2022 fut pris pour fixer la durée de la transition à 24 mois, à partir du 26 mars 2022, de même que le décret n°2022-0342/PT-RM du 10 juin 2022 a créé, auprès du Président de la Transition, une commission de rédaction d’un avant-projet de constitution de la République du Mali, dans le cadre de la refondation. En outre, une nouvelle loi électorale qui sera votée dans les prochains jours est sur la table du Conseil National de Transition (CNT). Une fois cette loi votée, le gouvernement rendra public le chronogramme de la Transition.

De même, il rassure que le dialogue avec la CEDEAO n’est pas rompu et va bon train. A ce but, un mécanisme de suivi sera mis en place en concertation avec le comité local de suivi de la Transition comprenant les Nations-Unies et l’Union Africaine, afin de permettre la levée des sanctions qui frappent injustement le peuple du Mali.

Il importe de noter qu’à ce niveau, les Chefs d’Etats de la CEDEAO se sont joués du Mali comme leur bébé, et personne ne comprend pourquoi, alors qu’à travers l’histoire il n’a jamais baissé l’échine pour donner flanc à l’ignominie. Les pères fondateurs de l’Organisation sentant l’impérieuse nécessité de mutualiser les efforts pour faire face aux impératifs du développement économique, et de sortir du joug de servitude dont leurs pays font objet, ont pensé qu’il faut se réunir et faire front commun. Donc, l’idée première c’était le développement économique de ses membres. Et toutes les mesures textuelles ont été pensées pour empêcher de torpiller cette volonté. Mais, au fil du temps, en faveur des changements de présidence, progressivement la tendance se dégagea de la transformer en un instrument politique tel que l’on le voit aujourd’hui. Elle est en voie de dévier de ses objectifs, car se voulant organisation dédiée au bien-être de ses peuples, elle tend à en devenir le bourreau, en se livrant à cœur joie à des sanctions extrêmes, injustes et inhumaines. C’est pourquoi, il est incompréhensible que même si les règles d’intégration ne sont pas violées, elle s’ingère dans des jeux politiques propres à chaque pays membre, déniant aux peuples de choisir leurs meilleures voies de survie, au point d’exiger des choix de dirigeants. Il est apparent au Mali qu’elle s’inscrit dans la logique d’aller en contre-courant de la volonté de son peuple qui souhaite donner un temps nécessaire aux autorités de la Transition pour instaurer une gouvernance vertueuse qu’il a perdue belle lurette. Paradoxalement, dans nos Etats, les premiers régimes dits autoritaires ont présenté meilleure figure en termes de bonne gouvernance. Au moins, les vols des élections et des deniers publics n’étaient pas courants. A présent, l’on a même perdu la sécurité sans laquelle aucun développement ne peut prospérer. Donc, dans le cas du Mali, contrairement à d’autres, les militaires n’ont pas spontanément pris le pouvoir contre la volonté du peuple, mais plutôt c’est le peuple qui a arraché le pouvoir pour le remettre aux militaires seuls capables dans l’état de déliquescence où se trouvait le pays de réorganiser l’Etat et lui redonner des fondements solides. C’est ce qui fait, 90% des Maliens souhaitent une prolongation de la Transition dans le seul souci justifié d’éviter que les politiciens qui les ont sucés, vilipendés, livrés aux charognards reviennent au pouvoir. Sinon, nul n’ignore que les braves fils du Mali n’hésiteront pas un instant de braver la mort pour renverser un régime qui ne leur donne pas satisfaction. L’on ne niera pas que la gouvernance de notre sous-région est à la base de notre situation de traînée du continent, n’en parlons pas du monde. Ainsi, le terrorisme y fait de beaux jours malgré toutes les richesses qu’elle renferme. L’œil extérieur nous traite pour cela d’égoïstes. On oublie ainsi à volontiers que le Mali est un pays continental contre lequel les lois internationales interdisent des sanctions, surtout, économiques.

SUR LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME AU MALI

Le Ministre réitère l’histoire millénaire du mali qui a connu des brassages ethniques tel qu’il est impensable de discriminer une partie de la population au profit des autres parties. Au Mali, chacune de ses communautés a eu son heure de gloire dans les rênes du pays. Il demeure l’un des rares pays qui n’ont pas connu de luttes communautaires, de luttes religieuses, sauf à tenir peu de compte des montages parfois grotesques collés au centre et dans la région de Kayes. Ces phénomènes récents ne sauraient persister tant la majorité de ces habitants ne leur accorde aucune caution. Le peuple malien, d’une manière générale, est tolérant, pacifique, hospitalier. Le malien n’est nulle part étranger sur son sol  et peut bénéficier de l’assistance de chaque communauté en cas de besoin. Mêmes les étrangers qui y vivent sont la plupart mieux traités que dans beaucoup de pays qui se veulent donneurs de leçons. Jamais il na connu jusqu’ici l’expulsion de personnes de son sol, notamment des Africains, comme on se le glorifie dans d’autres cieux.  

La neutralisation actuelle des forces du Mal ne doit pas donner matière à stigmatiser le Mali comme étant un pays qui viole les droits de l’homme. Mais, cela se comprend d’autant qu’il a pris la responsabilité de sortir du carcan qui permet l’extermination de son peuple pour des visées politiques, économiques et géopolitiques. En tout cas, qui connaît le Mali, sait que les Maliens n’aiment pas l’animosité pour tuer pour le plaisir de tuer des semblables, quelle que soit leur race, leur origine.

SUR LA DIMENSION REGIONALE

Le retrait du mali du G5-Sahel a été rendu obligatoire par l’hostilité dont certains pays lui font montre sous la dictée d’un pouvoir extérieur, notamment la France qui ne souffre que ces anciennes colonies s’affranchissent de sa domination et de son exploitation éhontée, le FCFA est passé par là. En faisant l’économie des faits, le mali devait prendre la direction de l’organisation après celle du Tchad dont le pouvoir est en somme illégal malgré qu’il soit reconnu par la même France qui a condamné celui-là. Donc, contre toute logique, c’est cette France qui a instruit au pouvoir du Tchad de ne passer le témoin, et cela malgré tous les rappels qui lui ont été faits dans ce sens, laissant la seule alternative au Mali de sauvegarder sa dignité.

Sinon, le Mali, pour l’amour de ses frères, est le pays qui a inscrit formellement dans toutes ses constitutions qu’il consent à céder tout ou partie de son territoire en vue de la réalisation de l’unité africaine. Pour s’en convaincre, il suffit que les autres pays de l’Afrique lui en donnent la possibilité.

Enfin, pour conclure Monsieur le Ministre Diop réitère sa demande de compréhension et d’accompagnement de la Communauté internationale dans sa détermination de la libération de son pays de toute domination malsaine, même si en vue de ce but il a fait appel à d’autres partenariats que la France. 

  

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