ENERGIE DU MALI: LA MINISTRE SOUS LA TOURMENTE

 » La nouvelle ministre de l’énergie et de l’eau s’appelle Bintou Camara. Sa première mission sera sans doute de faire face aux problèmes d’approvisionnement des Maliens en eau et électricité. » 

C’est en ces termes que la Primature définit d’entrée sa mission. On se passe de tous les qualificatifs élogieux qu’elle porte. On retiendra cependant qu’elle a piloté un audit sur la Société de l’Energie du Mali (EDM-SA) qui lui a valu, en plus de son expérience riche, d’être nommée à la tête du Département sensible chargé du domaine.
Mais, sans qu’elle soit fautive, l’on découvre que mener un audit et diriger le Département y lié font deux. Ainsi forte des informations personnelles qu’elle détient sur l’EDM-SA, elle n’alla pas du dos de la cuillère. Elle voulut s’attaquer sans chiffrier au mal qui ronge cette structure depuis l’avènement de la démocratie dans le pays, sachant que la lutte n’était pas gagnée d’avance puisque plusieurs cadres des plus valeureux y ont laissé leur verbe. Soit ceux-ci ont été confrontés à la complexité de la gérance, soit sont devenus complices de pratiques mafieuses qui y ont désormais pions sur rue difficiles à endiguer.

L’affirmation selon laquelle cette brave dame n’est pas fautive de la bancroche de cette structure d’importance capitale sur tous les plans de la vie du pays, social, économique, politique, sécuritaire, trouve son fondement dans le laisser-aller qui l’avait couverte depuis plus de dix ans. Elle était une vache laitière distribuant sans compter du lait à la ronde, à tous ceux qui parvenaient à avoir une chance d’intégrer ses mailles. Elle était venue (Ministre), donc, au moment où elle était déstructurée (EDM-SA), endettée jusqu’au coup. A regarder de près, il est facile de se rendre compte, tout avait été mis en place pour aboutir à un tel résultat lamentable, crottable.
Par exemple, au lieu de vivifier les barrages hydroélectriques, d’appeler les centrales solaires ou éoliennes, ou d’utiliser le fuel, les responsables jusqu’ici de l’EDM-SA ont préféré penser pour le gaz oil qui consomme énormément, parce que l’utilisation du gaz oil presqu’en exclusif permettait au mieux de détourner des quantités considérables de litres,  voire des citernes entiers. Ainsi, du sommet à la base, en tout cas toute la chaîne impliquée dans la réception de ce carburant, les sous sont partagés. Madame le Ministre, en terrain connu, l’affirme, et récemment des malfaiteurs avaient été arrêtés à Kolokani en train de chercher à vendre ce gaz oil de l’EDM. Ce n’est pas tout. L’EDM-SA était une telle pègre que mêmes les pièces de rechanges sont sources de malversations.Des anciennes pièces sont présentées comme neuves ou sont achetées en deçà  de la capacité recherchée. Le cas le plus fulgurant, c’est celui qui a floué, abandonné en plein vent, le Président de la Transition lui-même qui s’est délesté d’une somme rocambolesque de six milliards en vue de mettre un terme à la situation actuelle de délestage qui a tendance à devenir chronique. A sa grande surprise, il apprit que son argent qui pouvait acquérir 27 groupes électrogènes en Turquie et de très bonne qualité a été éludé pour acheter des groupes électrogènes de piteuse qualité au Nigéria dont 13 ont brûlé à l’essai. Jusqu’ici l’identité de ce fournisseur véreux n’a pa été déclinée, encore moins la destination de quarante neuf citernes qui ont disparu dans la nature sans laisser en ce moment de traces visibles, puisque le dossier qui semble être dans les mains de la Justice n’a pas d’abord connu son épilogue. A ce niveau, l’instruction est sécrète. Et la Ministre se demande comment elle s’est retrouvée dans un tel engrenage où pullulent des gens les plus malhonnêtes, en ignorant ou omettant qu’à l’heure où nous nous trouvons il n’y a plus rien d’étonnant d’un malien lorsqu’il s’agit de voler son prochain, surtout l’Etat. Bien de relations à présent sont fondées sur ces fins.
C’est pourquoi, elle ne peut qu’être étonnée des récriminations dont elle fait objet. Des esprits qui pensent être plus malins, lui reprochent d’avoir dénoncer directement, sans intermédiaires, les constats qu’elle-même a vécus, alors qu’ils ne connaissent pas mieux qu’elle  de ce qui se trame dans la société. Qui est mieux placé qu’une Ministre de la République pour dénoncer des malveillances dont elle est témoin oculaire et pour lesquels elle a eu à faire  un audit? D’autres l’accusent d’avoir été maladroite parce qu’elle a appelé le chat par le chat. C’est ainsi que les syndicats scabreux à souhait-pour ce service il existe deux syndicats qui disent la même chose-demandent la tête de la Ministre parce qu’ils croient qu’elle a traité tout le personnel de voleur tandis que nulle part dans ses déclarations cela ne ressort. Leur attitude est aisée à comprendre parce que, comme l’a si bien dit un des secrétaires généraux, beaucoup parmi eux ne sont pas totalement blancs dans la ruine de l’EDM-SA. La plupart savait ce qui se tramait, mais jamais aucune dénonciation n’a été enregistrée, à cause du profit. Le pire, ce qui n’est pas fondé pour le moment, des Maliens soutiennent que c’est le courroux provoqué par les déclarations de la Ministre que les délestages se sont amplifiés sous forme de vengeance.
Aussi, il est demandé de la Ministre une communication assidue qui aura l’avantage de fixer les populations qui supportent de plus en plus mal les coupures intempestives d’électricité. C’est vrai, l’électricité constitue une denrée rare parce que d’elle dépend la survie de plusieurs personnes. Sans elle, une quantité inestimable de maliens n’a pas sa pitance du jour. Sachant bien sûr tout l’effort qu’elle fournit, on souhaite qu’elle hate la cadence en vue du retour à la normale du service de l’électricité.
Les plus hautes autorités doivent lui prêter main forte même si l’on n’ignore pas que les charges sont énormes et le programme afin d’y aboutir est vaste. La réalisation de centrales nucléaires ou solaires n’est pas de la tartine qui s’avale en un laps de temps.

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