L'eau trouble de Kidal

La lecture des faits qui concernent Kidal aujourd’hui ne permet pas de se tirer sur la poitrine une couverture d’honneur pour l’Etat malien qui fait figure d’une simple marionnette entre les mains de bandits armés, qu’ils soient du MNLA, du HCUA ou du MAA, qui manient à merveille les ficelles grâce à l’air ensommeillé de la Communauté Internationale devant les autorités de la France, couvertes à souhait du manteau obscur de la nuit, et sourdes aux lamentations d’un peuple qui aspire, dans sa majorité, à la liberté et à la paix. Il n’y a aucune honte à reconnaître qu’au bon moment son secours a été déterminant quant à l’anéantissement de l’expansionnisme terroriste sur l’ensemble du territoire malien, peut être même au delà, mais sans carré. La sempiternelle question revient constamment à l’esprit, de savoir pourquoi ce traitement de faveur pour le MNLA qu’or rien n’avait obligé à prendre les armes alors qu’il était adulé si ce n’est la nuisance de son comportement. Cependant, à présent, il est facile de se rendre compte que ses revendications ne se justifient que par sa volonté de domination d’un espace en vue de le vouer à la grande criminalité, ses éléments ne sachant d’autres occupations. Il a été d’abord compris que la France a épargné Kidal à cause de ses recherches pour les ressortissants français pris en otages; que plutôt, elle veut soustraire Kidal à l’emprise de Bamako dans le but d’exploiter les ressources du sol; que non, c’est d’empêcher que l’armée malienne se livre à une épuration en vue de mettre en œuvre une vengeance de ses éléments égorgés à Aghel-Hoc. Qu’est-ce qui est vrai? Silence. Dans tous les cas, quel qu’en soit, un deal existe contre le reste du Mali qui aime les populations de cette partie de son territoire avec lequel il partage beaucoup à travers les âges. D’ailleurs qui peut nier que les membres du MNLA sont minoritaires au nord et ne constituent pas 1 pour cent de l’ensemble? Et le paradoxe, ils n’y peuvent même pas être cités parmi les honorables, devant Ibrahim Oumar Ag Mohamed, Président du Haut Conseil des Collectivités, Badjan Ag Hayatou, Député de Ménaka, Assarid, Député, Hamed Ag Hamani, ex-Premier Ministre, Baye Ag Mohamed, Ag Erlaf, pour ne mentionner que ceux-ci, puisqu’ils sont nombreux qui ne sont pas de leur bord. C’est sur ce chapitre de banditisme que l’on doit mettre l’assassinat odieux des deux journalistes de RFI qui ne pouvait avoir lieu si Kidal était sous coupe gardée des autorités légales. Dans cette situation, il n’est pas aisé de trouver des pistes assez claires conduisant rapidement aux meurtriers même s’ils sont identifiés, les complicités de fortune entre les groupes armés étant toujours indéchiffrables. Ceci amène à examiner le cas du MAA qui est aussi un mouvement non reconnu légalement au début, qui était embryonnaire, qui, un moment, avait fait irruption avec du matériel imposant à Tombouctou, en faisant penser que sa lutte s’inscrivait dans celle du Mali tout entier. Et c’est à ce titre qu’il a accompagné, sur demande du médiateur Tiéblé Dramé, les mouvements d’auto-défense aux négociations de Ouaga. Mais l’exécution de l’accord de Ouaga commençant, il change la couleur de son boubou et fait allégeance éhonté avec le MNLA en vue de faire pression sur le Gouvernement de Bamako. C’est dire que le jeu de ce mouvement qui est l’interface de la communauté arabe qui se livre au blanchiment de l’argent sale tiré du terrorisme n’est pas clair, non plus. Donc, pour avoir une lisibilité limpide du nord, il faut rapidement régler la sécurité à Kidal, en ramenant tout le monde dans le giron national, au risque de vivre sinon la reconstitution du terrorisme, avec tout ce que cela peut entraîner contre la stabilité de la région.

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