LA CORRUPTION AU MALI, LA PESTE PARCE QU'IL FAUT L'APPELER PAR SON NOM

                                                    
                          La corruption est définie, selon le site Keek, comme « le fait de donner l’argent à quelqu’un pour qu’il vous accorde des avantages auxquels vous n’avez normalement droit, ou auxquels vous avez droit mais qu’il refuse de vous accorder », alors que l’ONGI Transparency International la donne comme « étant la perversion ou le détournement d’un processus ou d’une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange de service. ».
                          Mais quelle que soit la figure du cas, elle est soit, active soit passive, suivant que l’on soit le corrupteur ou le corrompu.
                          La corruption porte plusieurs noms selon les Pays :
  * En français, on emploi les termes : Pot-de-vin, dessous de table, gracieuseté, graisser la patte, commission, pourboire.
* Backshish : dans l’Empire ottoman, on l’utilise ainsi pour « pourboire ».
*Payola (de pay, en anglais payer, et victrola, marques de platines de disques) : corruption des années 1950 aux Etats-Unis, dans laquelle les DJ des radios se faisaient payer (des sommes mineures) des titres nouveaux d’articles peu connus.
* « aspects culturels de la dépense »: euphémisme parfois utilisé dans le discours officiel au Viêt-Nam.
*Gombo : terme camérounais pour désigner le fait de monnayer un service normalement gratuit.
*Mange-mil : policier africain véreux cherchant à verbaliser à tout prix.
*Cahoua : mot arabe qui veut dire « café », euphémisme utilisé pour désigner un pot-de-vin dans les pays du Maghreb.
*subordination : fait de déterminer (une personne) à déposer en justice d’une façon contraire à la vérité.
*Frais commerciaux extraordinaires : terme du jargon de l’Union Européenne.
*Frais commerciaux exceptionnels : (FCE) : terme utilisé par l’administration fiscale française.
*Tchipa ou Kahwa : termes algériens pour désigner le pot-de-vin.
*Igiturine : terme burundais pour désigner le pot-de-vin.*
              Evidemment, l’islam n’est pas en reste de la condamnation de la corruption. C’est ainsi que l’islam affirme que la corruption a des conséquences désastreuses sur l’économie et sur les mœurs de la société et en cela il l’interdit strictement. Voici ce que le hadith et le coran disent à ce sujet :
          « Dieu maudit le corrupteur, le corrompu et l’intermédiaire entre les deux. » Hadith.
          « Et quand on leur dit : ne semez pas la corruption sur la terre, ils disent : Au contraire nous ne sommes que des réformateurs » Coran 2.11
           « Que celui d’entre vous qui voit un mal, le change de ses mains. S’il ne le peut pas, il le fait par la parole, et si cela lui est encore impossible, qu’il le fasse dans son cœur qui est le minimum qu’exige la loi. » Hadi                                                                                                                                                                                             Selon toujours cette organisation, trois pays non- arabes, mais qui sont à majorité musulmane demeurent également très corrompus ; l’Iran , le Pakistan et l’Afghanistan..
              Les agents de ces pays, en ce qui concerne les pots-de-vin, tiennent cette phrase : « Considère cela comme un cadeau. »
               Or il est mentionné dans le coran 5.7 : « Et craignez Dieu, car Dieu connaît parfaitement le contenu des cœurs. »
               C’est ainsi que le Mali, miné de corruption depuis l’avènement du régime de l’Union Démocratique du Peuple Malien (‘UDPEM), a vu la création de plusieurs institutions pour y faire face.
               Comme on a coutume de dire, plus le pays est corrompu, plus il fait des lois et des structures de lutte contre la corruption..
               La corruption a en cela de désolant qu’elle se présente dans la nature des rapports entre un chat et une souris, tellement elle est pernicieuse. Le chat, dès qu’il sent en un lieu la présence des souris, il prend une posture de sorte qu’il puisse happer la première souris qui pointe le nez. Il ne se fâche pas, ne se lasse pas. Tout effort de souris d’échapper est voué à l’échec tant que la position du chat ne varie pas. Si le propriétaire du lieu adhère à la cause, et c’est généralement le cas, le chat raffermit son avantage, en y associant, s’il en a la possibilité, d’autres chats.
                 Donc le Mali par le Président Moussa Traoré a créé d’abord le Contrôle d’Etat et la Cour Spéciale de Sûreté de l’Etat,  (CSSE), ensuite les inspections des services publics avec Alpha , en plus de la section des comptes de la Cour Suprême. Amadou T. Touré qui a succédé ce dernier créa l’institution du Vérificateur Général. Mais, comble de paradoxe, contrairement au premier régime de Modibo Keïta, c’est alors que la corruption connut les plus beaux jours, dans tous les secteurs de la vie.
                 Supposant qu’il ne peut pas y avoir de corrompu sans corrupteur le texte visant la corruption dans le code pénal en sa section VIII fut modifié ainsi :
         » Article 120 : Sera puni de cinq à dix années de réclusion et d’une amende double de la valeur des promesses agrées ou des choses reçues ou demandées, sans que ladite amende puisse être inférieure à 100.000 francs quiconque aura sollicité ou agréé des offres ou promesses, sollicité ou reçu des dons ou présents pour :
          1° Etant fonctionnaire public de l’ordre administratif ou judiciaire, étant militaire ou assimilé, étant assesseur d’une juridiction de jugement, agent ou préposé d’une administration publique ou d’une administration  placée sous le contrôle de la puissance publique, citoyen chargé d’un ministère de service public, étant investi d’un mandat électif, faire ou s’abstenir de faire un acte de ses fonctions ou de son emploi, juste ou non  mais non sujet à salaire;
           2° Etant arbitre ou expert nommé soit par le tribunal, soit par les parties, rendre une décision ou donner une opinion favorable ou défavorable à une partie ;
            3° Etant médecin, chirurgien, dentiste ou sage-femme, certifier faussement ou dissimuler l’existence de maladies ou d’infirmités ou un état de grossesse ou fournir des indications mensongères sur l’origine d’une maladie ou infirmité ou la cause d’un décès.
             Article 121 :  Sera puni des mêmes peines tout commis, employé, ou préposé, salarié ou rémunéré sous une forme quelconque qui, soit directement, soit par une personne interposée, aura, à l’insu et sans le consentement de son employeur, soit sollicité ou agréé des offres ou promesses, soit sollicité ou reçu des dons,  présents, commissions, escomptes ou primes pour faire ou s’abstenir de faire un acte de son emploi.
              Sera puni des mêmes peines toute personne qui aura sollicité ou agréé  des offres ou promesses, sollicité ou reçu des dons ou présents pour faire obtenir ou tenter de faire obtenir des décorations, médailles, distinctions, récompenses, des places, fonctions ou emplois ou des faveurs quelconques accordées par l’autorité publique, des marchés, entreprises ou autres bénéfices résultant de contrats conclus avec l’autorité publique ou une administration placée sous le contrôle de la puissance publique, ou, de façon générale, une décision favorable d’une telle autorité ou administration ou aura ainsi abusé d’une influence réelle ou supposée.
             Article 122 : Quiconque pour obtenir, soit l’accomplissement ou l’obtention d’un acte, soit un des avantages ou faveurs prévus aux articles précédents, aura usé de voies de fait ou menaces, des promesses, offres, dons ou présents, ou cédé à des sollicitations tendant à la corruption, même s’il n’en a pas pris l’initiative sera, que la corruption ait ou non produit son effet, puni des peines édictées par l’article 120 du présent code contre la personne corrompue.
              Article 123 : Dans le cas où la corruption ou le trafic d’influence aura pour objet un fait criminel comportant une peine plus forte que celle édictée par l’article 120 ci-dessus, cette peine plus forte sera appliquée au coupable.
               Il ne sera jamais fait au corrupteur restitution des choses par lui délivrées, ni de leur valeur ; celles-ci seront confisquées. »
               Tout y est pour rendre efficace la lutte contre la corruption au Mali, mais dans la réalité, ce texte donne l’impression de l’aggraver, puisqu’il ne l’a pas diminué, mais l’a augmenté de plus belle. Est-ce que c’est le texte ou son application qui pose problème?
               Nous conviendrons qu’en fait c’est l’application des textes qui rencontre la malveillance de certains gestionnaires de deniers publics qui bénéficient de l’impunité. Ce qui fait que parmi les fonctionnaires on compte des milliardaires qui sont plus riches que l’Etat. Tous les programmes de développement par leur inconscience vont à vau-l’eau. Ils tuent la force du travail et l’industrie productive. Ils forment des serpents à plusieurs têtes tellement ils savent se conjuguer pour la cause du mal ; que tout le Pays brûle tant qu’ils gagnent en exclusivité.
                 Les rapports annuels du Vérificateur Général et des Partenaires techniques et financiers viennent toujours pour nous apprendre que la corruption a pris une telle ampleur que le Pays est en voie de ne pas pouvoir faire face à ses obligations, encore en période de guerre. C’est pourquoi la lutte enclenchée maintenant contre le fléau et la délinquance financière a été saluée par tous les Maliens. Il y a lieu de penser que la dynamique actuelle de traque contre les corrompus prônée enfin  par les autorités judiciaires ira en crescendo. Elle ne doit pas s’estomper par le simple vouloir de quelques individus qui l’entretiennent.
                Par ailleurs, il existe une corruption qui ne dit pas son nom, mais tolérée dans le pays. Elle se manifeste très souvent quand une autorité accomplit un déplacement, soit à l’intérieur ou à l’extérieur : celle de lui faire des dons, avec des pensées inavouées d’obtenir  plus tard de lui des faveurs. Ou une délinquance financière assimilable à la corruption qui consiste à se faire loger durant la mission par des subordonnés, alors que les frais y afférents ont été  entièrement payés. Ainsi, des missions de contrôle échouent par la complaisance  de ceux qui les mènent. Cet autre fait est de réparer le véhicule de l’Etat à des factures nettement supérieures aux frais normalement dus, avec la complicité du mécanicien, puisqu’à ce niveau il n’existe pas de contrôle sérieux, tandis que le garage administratif a été crée pour cette raison.
                      Même pour avoir un marché public, il faut avoir la bourse déliée. Pour que la banque vous finance, il faut accepter de se défaire d’une partie du prêt au profit d’agents qui n’ont pas de scrupules. Des villages ont manqué d’avoir des forages ou autres réalisations parce que les sommes destinées à les réaliser ont été détournées à des fins personnelles. C’est dire que la corruption mine à présent tous les secteurs et elle est très nocive.
                  En outre, il est regrettable de constater que la corruption au niveau des relations internationales fait plus de dégâts compte tenu des versements de pots-de-vin colossaux par nos pays sous-développés  comme le nôtre, en vue d’obtenir des faveurs de certaines puissances économiques.
                  Enfin, la lutte contre la corruption sera toujours un coup d’épée sur la mer tant que les mentalités des acteurs, en ce qui est de leur probité, ne s’améliorent pas et que les efforts pour y mettre fin ne sont pas une vraie réalité
.

Laisser un commentaire