LE POUVOIR DE BAMAKO ACTUEL, SOUFFRE-T-IL DE CREDIBILITE?

                                                             
Pour pouvoir apporter une réponse adéquate à cette lancinante question, une rétrospective de l’histoire récente du Mali, à partir de 2013, s’impose.
L’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, en 2013, à la Magistrature suprême du Mali avait été plébiscitée, dans la foulée d’un coup d’Etat militaire de mars 2012 et d’une rencontre tenue à Ouagadougou découlant d’une insurrection armée dans le septentrion . Blaise Comparé, l’ex- Président burkinabé en fuite en Côte d’Ivoire, chargé par ses pairs de la CEDEAO des négociations, avait pu trouver un accord de paix entre le Mali et les rebelles du Nord, dont une des dispositions autorisait les élections présidentielles sur l’ensemble du territoire malien. Mais ces élections, une fois tenues et le Président IBK installé, sans explications valables, ce pouvoir de négociation de la CEDEAO fut transféré aux autorités d’Alger. Ce fut la première erreur du nouveau pouvoir pour qui sait que les caciques de cette rébellion sont des terroristes venant d’Alger où ils ont constitué leur base arrière. C’est ce qui fait qu’Iyad et alliés se meuvent presque librement dans la zone que partagent le mali et ce pays voisin, et reste une aiguille au fond du sable. Allez-y savoir pour quelle raison, plus de cinq (5) ans d’accord de paix, la partie qui sépare Kidal à l’Algérie, demeure un terreau de regroupement, d’entrainement, d’armement et de planification de toutes sortes de terroristes et de malfaiteurs de tous bords, et le Mali reste impuissant dans sa volonté de sa récupération, la laissant comme un territoire étranger où la diplomatie même internationale est accaparée par ceux qui l’occupent ?. Le drapeau malien y flotte à présent timidement à côté de celui dit Azawad. C’est ce moment qu’Alger trouve l’astuce de clamer haut que les textes qui le régissent interdisent à ses forces d’intervenir en dehors de ses frontières même si c’est un pays qui lui a apporté jadis toutes aides nécessaires à sa libération contre la France. Soit. Mais qu’est-ce qui l’empêche de concourir pleinement à canaliser les forces du mal qui utilisent son espace qu’elles traversent de façon claire au côté du Mali. Ainsi, Platon a dit mieux.
Cette erreur dont question plus haut a décrédibilisé le pouvoir de Bamako aux yeux des pays frères africains et d’une certaine opinion nationale et internationale. Aussi, le Mali restera bancal pour longtemps tant qu’il ne parvient pas à obtenir de l’Algérie une implication plus forte.
Donc, dans ces conditions de plébiscite électoral, les Maliens espéraient dès l’entame de l’exercice du pouvoir par IBK sur des actions énergiques mettant fin à toutes les complaisances qui ont rongé les fonds du pantalon de l’homme malien. Mais, hélas, vient casser un œil une affaire qui ne finit pas de livrer ses secrets : l’affaire dite de l’avion présidentiel. Les formes et les fonds de son acquisition donnent le tournis. A présent, l’on ne connait pas son prix réel et par ricochet sa propriété. Appelée scandale, cette affaire avait entraîné le limogeage de certains responsables maliens parmi lesquels des Ministres. Dans pareils cas, comme une logique qui saute, les regards se sont tournés vers le Président de la République et la Justice. L’on était en droit de croire que, homme de rigueur que l’on le connaissait, le Premier responsable taperait du point sur la table pour exiger que toute la lumière y soit apportée  et que les coupables, sans parti pris, soient punis à la hauteur de leur forfait. Les Maliens, las d’attendre le bout de cette affaire, ont fini par croire et ensuite par affirmer qu’aucune volonté politique, pour des raisons qui lui sont propres, n’existe à conduire à son aboutissement. Beaucoup pensent, enfin, que des bâtons sont mis dans les roues de la justice afin de la gripper et de l’empêcher de tourner en plein temps, avec toutes les compétences qu’elle renferme. D’après une certaine presse, des jouxtes orales ont récemment opposé le Président de la République et le Ministre de la justice par rapport à l’arrestation de Mamadou Camara, à l’époque des faits, Conseiller spécial à la  Présidence, accrédité « fils du Président» et « ayant rang de Ministre », chose qui a eu pour effet de décrédibilisé le pouvoir. Mais, à propos de l’interprétation de la notion « ayant rang de Ministre », il convient de confirmer la tendance qui soutient que ce rang protocolaire ne donne pas ipso facto les prérogatives d’un Ministre. On profitera pour attirer l’attention que dans ce cas, selon l’article 613 du code de procédure pénale, les complices des Ministres sont justiciables devant la Haute Cour de justice dans l’hypothèse seulement d’atteinte à la sûreté de l’Etat, l’énumération de l’article 614 du même code marque une différenciation entre un Membre du Gouvernement et /ou toute personnalité ayant rang de Ministre (on n’a pas peur d’appeler un chat chat), lorsqu’il s’agit de la commission d’un crime ou d’un délit  hors l’exercice de ses fonctions.  C’est là que se comprend, alors, l’article 616 suivant qui cumule sur la tête d’une personnalité le rang et les prérogatives de Ministre, ce qui n’est pas le cas de Mamadou Camara. Ces dispositions qui décrivent clairement la démarche de la procédure à suivre lorsque des personnalités qu’elles énumèrent sont passibles de poursuite, ne font pas d’un homme qui a rang de chef de village le chef du village, lui-même. Pour se consoler, l’on se rabat sur l’article 95 de la constitution du 25 Février 1992 qui dispose : « La Haute Cour de Justice est compétente pour juger le Président de la République et les Ministres mis en accusation devant elle par l’Assemblée Nationale pour haute trahison ou en raison des faits qualifiés de crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions ainsi  que leurs complices en cas de complot contre la sûreté de l’Etat. » Donc, l’on n’est pas plus avancé, car Mamadou Camara dans l’exercice de ses fonctions n’a pas les prérogatives d’un Ministre du Gouvernement sur la liste duquel il ne figure pas, même si le titre de « ayant rang de Ministre » lui donne certains privilèges du rang qui ne sont pas définis. Peut-être pourra-t-on trouver la réponse dans cette question : Mamadou Camara, Conseiller Spécial du Président de la République ayant rang de Ministre, est-il, dans l’exercice de ses fonctions, soumis à l’autorité du Président de la République ou du Premier Ministre ?  J’aurais préféré un Ministre délégué. Au demeurant, ce que l’on peut affirmer, selon chacun sa compréhension, c’est que dans les faits criminels qui lui sont reprochés, il est complice, ce qui rend son incarcération prématurée, bien que l’appréciation du moment de la mise en détention d’un inculpé relève de la souveraineté du Juge désigné pour instruire l’affaire. Dans l’entendement de certains, dont ses Avocats, qui mènent une bonne guerre, les gros poissons de l’affaire devraient plutôt le précéder en prison.
Les Maliens pensant qu’à défaut de la punition des fautifs de l’affaire, il sera mis définitivement fin à la déprédation des biens publics, ont été surpris par la suite de malversations toutes plus scandaleuses les unes que les autres. On notera, entre autres, l’affaire d’achat des équipements militaires, de l’affaire Bakary Togola, l’affaire Adama Sangaré, l’affaire des avions cloués au sol, l’on ne pourra pas les citer toutes de façon exhaustive, pendant que c’est le moment où on crève l’écran pour faire croire que la lutte contre la corruption et la délinquance financière est menée à bras le corps. L’affaire des avions cloués au sol se passe de tout commentaire, alors que le Mali est en guerre. La dernière affaire en date et qui n’est pas la moindre c’est l’affaire des blindés.
Ce qui est révoltant pour les Maliens dans leur majorité, c’est l’impunité qui a toujours couvert ces affaires, comme les enquêtes des tueries au Nord et au centre du Pays. Jamais, elles n’ont vu le bout du tunnel. Aucune n’est jugée et les coupables condamnés. Parmi ceux-ci, quelques uns sont Députés  ou en passe de l’être. La moralité de la fonction de parlementaire se retrouve par ce biais au talon des délinquants, qui peuvent dormir le temps qu’il faut en prison et venir plus tard, impunément, la briguer, au vu et au su de tout le monde, qui criait récemment haro sur le baudet. La crédibilité de la politique en ce moment, en l’occurrence la démocratie, ne peut nullement prospérer dans un pays ancré profondément dans des valeurs ancestrales de dignité, d’honneur. C’est pourquoi le pays profond a pris l’attitude de celui qui pense qu’il n’est plus concerné par ce qui se passe en son nom au sommet de la prise des décisions. Il ne s’y reconnait pas.
Les présidentielles de 2018 contestées jusqu’à nos jours avec véhémence portent ses germes de tensions morales soutenues, qui interagissent contre la légitimité du pouvoir. Qu’à cela ne tienne ! Le pouvoir qui en est issu, qui ne peut être seul responsable, le cas échéant, doit montrer meilleure figure en posant des actes entrant dans le sillon de l’adhésion de la population dont le raisonnement se limite à chercher la moralisation de l’action publique. Elle demande tout simplement le nettoyage des écuries vraiment pourries.
Que dire des législatives ?  Qu’elles ont suscité des soulèvements entretenus pas des candidats malheureux et des couches socioéconomiques mécontentes du traitement réservé à leurs demandes, avec le prétexte trouvé de la Covid-19.
Le Gouvernement a tout l’honneur d’arriver à mettre un terme à la situation scolaire qui prévaut, qui draine suffisamment de malheurs, compte tenu de l’importance de l’enseignement  et son corolaire dans la société.
A propos, à l’ère de la démocratie mal assimilée pour le plus grand nombre, le leitmotiv de toutes décisions, quelles qu’elles soient, est sous-tendu par une opposition justifiée ou non. La crise de confiance se creuse un peu plus chaque jour entre gouvernants et gouvernés due à la mollesse du pouvoir en face de l’intolérable pour la dignité des Maliens, qui ne comprennent pas qu’ils soient soumis à toutes sortes de diktat.
A l’effet de restaurer cette confiance perdue, il est impérieux de rétablir pleinement la sécurité, de sévir rapidement contre tous malfaiteurs, de veiller à la transparence de toutes les actions qu’entreprend le Gouvernement, favoriser le dénouement de toutes les affaires pendantes ou non à la justice, d’encourager le mérite en nommant ou faisant élire de façon judicieuse les responsables.

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