LA SUITE DES ARTS DU MALI

LA SUITE DES ARTS DU MALI
Les « griots de l’écrit » ont perdu cet autre art qui distinguent les Belen-tigui traditionnalistes : la musique. Dans tout le pays manding – le Bélédougou – les griots continuent seuls de maîtriser la musique sacrée. Car ils ne sont pas seulement dépositaires de l’histoire, ils ont aussi la charge de perpétuer une tradition musicale. Mieux, ils se transmettent des instruments sacrés ayant appartenu à des personnages célèbres. Ainsi, au cours des années soixante-dix, la mort faillit provoquer un conflit entre le mali et la Guinée. Conservateurs attitrés du balafon sacré du roi-magicien Soumangourou Kanté – qui vivait au XIIIè siècle – les griots du Mandé (maliens et Guinéens)  s’étaient entendus pour veiller dessus à tour de rôle. A la mort du dernier conservateur, un Guinéen, les Maliens voulurent récupérer l’instrument. Devant le refus de leurs confrères, ils en appelèrent à l’histoire et aux gouvernements. Seule une entente entre les autorités politiques  put calmer les griots antagonistes.
L’instrument favori du griot est la kora, une harpe comportant  de vingt et une  à vingt-six cordes. En fait, chaque groupe musical  malien dispose aujourd’hui de sa kora et de son balafon, le xylophone africain. Mais le balafon n’est pas identique dans toutes les régions : le nombre de gourdes et de planchettes varie de Sikasso à Kangaba, et les tonalités diffèrent selon les chants et folklores particuliers.
Dans le Nord malien, la flûte remplace chez les Touareg la kora des gens du Sud ; sous l’influence arabe, la mélodie, pentatonique, y est plus lancinante. Dans le Sud, en revanche, le rythme est plus vif, plus répétitif, ponctué d’exclamations et de battements de mains. L’introduction récente d’instruments chromatiques  a quelque peu ordonné la polyphonie chez les Malinké et surtout les Bambara de Ségou, où se produit avec maestria  le plus célèbre des ensembles musicaux régionaux. Mais s’il est fait appel aujourd’hui au synthétiseur et même à la kora à clef, l’inspiration de la musique malienne n’en vient pas moins de la sagesse des anciens éclairant le passé comme le présent.
Avec un caractère beaucoup plus religieux, la même inspiration domine la sculpture malienne, caractérisée par une profusion de masques rituels et de statuettes représentant les personnages de tout le panthéon. Le pays dogon est à ce titre un véritable musée vivant, dont les objets ont fini par envahir tous les marchés artisanaux du Mali. Mais l’art ne s’est pas vulgarisé en devenant simple artisanat. Le visage fermé de l’hermaphrodite dogon – barbu mais doté de seins – taillé dans le bois ou grès incarne à lui seul tout le mystère de ce peuple secret. Les masques velus, systématiquement surmontés  du symbole de l’homme aux bras levés, pèsent parfois jusqu’à dix kilos. Ce même gigantisme se retrouve chez les Bambara de Ségou, où la représentation de la déesse de la pluie  exige parfois la fabrication  d’un masque haut de deux mètres.
Les masques bambara ont une forme sévère et des arêtes vives ; les statuettes, le corps mince, les seins globuleux et le nez  anguleux. Le plus célèbre des objets d’art bambara, le tyi-wara, représente une antilope mythique – envoyée sur terre pour enseigner aux hommes la culture du blé – au corps long et mince, aux cornes et aux oreilles recourbées vers l’arrière. Emblème des Bambara, le tyi-wara leur assure fécondité et force ; lors des cérémonies en son honneur, les hommes  dansent en le portant juché sur leur tête.
Car cet art sculptural participe encore de la tradition religieuse. Masques et statues traduisent  la magie et la science des anciens. Si, dans certains rites, ils sont destinés à faire peur, généralement en pays bambara, dogon ou manianka, ils servent en tant que fétiches à assurer la communication  avec le monde de l’invisible. Objets rituels, les masques authentiques sont façonnés dans un bois très dur choisi entre cent, et que l’on ne coupe qu’après des incantations destinées à consacrer tant l’arbre que l’outil du sculpteur.
Souvent, de petits coquillages sont incrustés dans le masque, en particulier chez les bambara de rite N’Tomo, le génie des jujubiers. Mais l’ornementation ne va pas plus loin. Le masque N’Tomo, de forme cubique, se doit d’être sobre  puisqu’il renferme l’esprit protecteur.
Il ne faudrait cependant pas croire que tous les objets d’art maliens proviennent des réserves  de quelque société secrète. Les imitations pullulent sur tous les marchés et les artisans maliens maîtrisent parfaitement la technique du vieillissement du bois qui donne aux masques et aux statues un vernis d’authenticité.
A suivre

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