LE PREMIER MINISTRE, CHOGUEL KOKALA MAÏGA, VICTIME DE SORT ET DE SORTILEGE

                                  

Depuis quelque temps, des voix s’élèvent pour demander la démission  du Premier Ministre, Choguel Kokala Maïga.

Ce dernier a été nommé par décret n°2021-0361/PT-RM du 07 juin 2021 du Président de la Transition, Assimi Goïta, conformément à la Charte de la Transition, en son article 11 qui dispose.- (Loi n°2022-001) : « Le Gouvernement de la Transition est dirigé par un Premier Ministre nommé par le Président de la Transition. Il exerce les prérogatives définies par la présente Charte et la Constitution du 25 février 1992 ». Là, l’on est en droit de confirmer que sa démission ne repose pas entièrement sur les dispositions de l’article 38 de la Constitution qui la subordonne, d’une façon ou d’une autre, à sa volonté. La Charte reste silencieuse sur la condition de présentation de démission du Gouvernement. Cela peut se comprendre du fait que dans la Constitution la nomination est attribuée à un Président de la République, donc un élu, alors que le Président de la Transition n’est pas élu. C’est dire que l’on ne doit pas confondre « prérogatives » et « sur présentation ».

Ce décret est intervenu, pour rappel, à la suite de la volonté délibérée d’Assimi de donner la responsabilité de la primature au M5-RFP. La retrospective des péripéties qui y ont conduit reste vivace. C’est par un choix majoritaire du même M5-RFP que Choguel a été désigné, malgré le mou de certains qui pensaient qu’ils y avaient plus droit. D’ailleurs, certains parmi eux, plus pressés que la musique, avaient déjà postulé directement au niveau d’Assimi, sans attendre ce choix consensuel du mouvement.

Choguel nommé, certains s’attendaient à des retombées immédiates, puisque issu de leur sérail. C’est comme un retour à la case du favoritisme que le mouvement s’était proposé de combattre. Cette dérive incompréhensible évitée, la bête noire lui fit opposée. Ainsi, l’exigence de la rétrocession de la direction du M5-RFP lui fit présentée.

Sur ce point, personne n’a compris pourquoi le Premier Ministre se cramponnait à ce comité stratégique dont « la belle mort » avait été annoncée. La seule explication peut être l’évitement de l’éclatement du mouvement qui battait déjà des ailes et qui comptait en son sein des tendances très diversifiées, alors que bon nombre de Maliens croyaient au changement qu’il prône.

Ce changement, cette refondation voulue se heurtait à l’opposition des anciens tenants du pouvoir d’IBK dont la sauce a été versée par le coup d’Etat. Ceux-ci suivaient au milimètre près les actions des autorités de la Transition, et d’une manière péjorative, à chaque occasion. C’était de bonne ou mauvaise guerre. Ils se constituèrent en groupement dénommé Cadre d’échanges de partis politiques et groupements de partis politiques pour pouvoir peser dans la balance du retour aux dividendes. Ils déclarèrent même, lors d’une de leurs réunions, qu’ils reconnaîtront plus les autorités de la Transition au délà du 25 février 2022. Mais, cette lutte pour le retour spontané au pouvoir n’a pas été suivie favorablement par certains des leurs et par la majorité des Maliens. Celle-ci fut étouffée dans l’oeuf, si un plaisantin ne s’était pas donné l’audace de s’autoproclamer Président du Mali étant en Côte d’Ivoire. Mais, tenant toujours à renverser les meubles, leur réaction ne tarda à venir quand le Premier Ministre a osé prononcer des critiques à l’égard du mouvement démocratique dont certains de ces mécènes mêmes reconnaissent l’échec, en considération du bilan global qui a été le tien. Ce mouvement démocratique dont tout Malien s’était fait sien, à cause de sa mauvaise gouvernance, a fini par amener beaucoup à présenter des excuses à feu Président Moussa Traoré.

Donc, ces derniers lui demandèrent sa démission, au prétexte qu’il est à l’antipode de ce mouvement démocratique qui a plongé en grande partie le Mali dans le bas-fond, qu’il n’est pas neutre parce qu’il dirige un parti politique. Mais, qui est neutre dans ce pays, où même la société civile se trouve dans des compromissions d’affiliation?

C’était en ce moment que l’ensemble du M5-RFP devrait donner de la voix en vue de lui apporter un soutien indéfectible. Mais, malheureusement pour lui, à l’intérieur de cette corporation, se compte des responsables du mouvement démocratique qui n’ont pas bien accueilli ses critiques, qui sont, dans ce cas, favorables à la décision du cadre d’échanges, en dehors de la raison qu’ils n’ont récolté d’intérêts. Cependant dans ce M5, des hommes de grande valeur se trouvent, tel Modibo Sidibé, Mme Sy Kadiatou Sow et bien d’autres, sur lesquels repose la crédibilité pour le changement, si changement il y a. Ceux-ci ont fait la preuve de leurs compétences partout où ils sont passés.

Les Maliens étaient sur ces mouvements d’humeur quand, encore, la démission du Premier Ministre fut presque exigée d’Assimi lorsque celui-là, qui n’a pas sa bouche dans la gourde, encouragea les forces vives de la Nation à se mobiliser pour gagner les joutes électorales prochaines. Ce fut un tollé général de la part de ceux qui pensent que les propos qu’il a tenus pourraient les empêcher de venir ou de revenir aux affaires, même si les Maliens, à qui revient le dernier mot, ont le pouvoir de décider autrement. De toute façon, les citoyens maliens sont assez mûrs pour savoir choisir désormais les hommes les meilleurs, compte tenu du vécu, malgré ce que dira Choguel.

La Transition qui a mis Assimi et Choguel à la tête du Pays tire vers sa fin, si on se réfère au chronogramme qu’elle a tracé. Le moment est mal choisi pour changer ce Premier Ministre auquel l’on reconnait toutes les qualités de courage dans ses idées, de compétences dans la géostratégie, la géopolotique, d’amour, tout court, pour son peuple. Qui va faire mieux? La question se pose, même s’il lui est demandé d’écouter, dans le bon sens, ses compagnons de lutte dont certains ne manquent pas de bonnes idées.

Enfin, pour tout dire, seul Assimi Goïta, le Président de la Transition détient le pouvoir d’ordonner la démission de son Premier Minsitre. Tout le reste s’interprète comme un tapage donnant lieu virtuellement à plus de visibilité dans l’opinion pour ses commanditaires.

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