UNE ARNAQUE IDIOTE

 

A nos jours, il est impensable que certains se laissent prendre facilement dans les subterfuges des arnaqueurs. Cette histoire rocambolesque que voici dépasse l’entendement éclairé.

H.T est un homme averti, intelligent, respecté et respectable, mais qui est resté, malgré tout, humble. Un jour, alors qu’il ne s’y attendait pas le moins du monde, il reçoit un coup de fil anodin. A l’autre bout du fil, quelqu’un se présente comme étant le Lieutenant Coulibaly, à la recherche d’un agent de marketing. En effet, le repertoire de HT porte un tel nom. Sans douter, il fait savoir qu’il ne connaît aucun agent en marketing, mais néanmoins il propose de s’informer en croyant rendre un service. Il appelle séance tenante un informaticien dont l’expertise dans le domaine est averée. Ce dernier, non plus, n’en connaissait pas, mais il se trouve en face de lui, au même moment, un camarade, mis au parfum, qui lui rappelle une dame dont la spécialité est le marketing. Aussitôt, ils font venir cette dame et lui expliquent que quelqu’un par l’entremise d’une connaissance respectable est à la recherche d’un agent de marketing. Celle-ci appelle le numéro de cette connaissance à l’effet de se proposer comme étant la personne que l’on cherche. HT lui donne le numéro du prétendu Lieutenant Coulibaly, sans oublier de conseiller la dame d’être attentive, c’est-à-dire de voir si c’est une affaire intéressante, dans le cas contraire de s’en laver les mains. La dame MK, à son tour appelle le faux Lieutenant. Ce dernier lui dit qu’il est intermédiaire d’un fournisseur de gel hydroalcoolique pour le CICR; que le CICR passe toujours par lui pour faire leur commande; que tout se passe bien, mais présentement il se trouve à Ségou, d’où il n’est pas en mesure de s’occuper de la fourniture; qu’il souhaite qu’elle le remplace dans la transaction.

Dès ici, une personne intelligente doit sentir un manège. Car comment une personne connue dans le domaine dont il se prévaut à Bamako peut manquer de trouver un collaborateur plus proche pour lui assurer une telle course, au lieu d’aller chercher un inconnu pour ce faire? La dame, malheureusement, n’a pas eu de soupçons.

Le monsieur Lieutenant lui donne un numéro de téléphone qui tombe sur une femme qui prétend être, en effet, représentante de CICR, en compagnie d’un autre homme.

Toujours, le monsieur lui donne le numéro du fournisseur du gel qui se trouverait, par ailleurs, à Koulikoro.

Encore, un indice qui pouvait éveiller les soupçons de la dame. Comment comprendre qu’au lieu de Bamako où, à l’époque, foisonne le gel hydroalcoolique, c’est à Koulikoro qu’il faut aller le chercher. Mine de rien, le prétendu fournisseur de Koulikoro l’informe qu’il possède autant de nombre de cartons qu’elle veut, et à un prix concurrentiel, parce que sur chaque carton elle peut réaliser un bénéfice de vingt cinq mille (25000) FCFA. Lorsque ce dernier sentit qu’elle avait mordu à l’hameçon, enchaine que le seul problème auquel il est confronté, cest le transport des cartons à Bamako. Peut-on croire que MK, domiciliée à Bamako voilà quelques années, soit aussi limitée pour ne pas avoir le moindre reflexe de se dire que cela est inadmissible; qu’une personne prétendant détenir d’importante quantité de cartons de gel hydroalcoolique ne puisse avoir les moyens du transport de ses marchandises.

A cela, également, elle tombe dans le piège, en demandant, sans refléchir, le coût du transport. Ce fournisseur de moindres scrupules lui rétorque que c’est cent cinquante mille (150.000) FCFA. Elle, simple coccinelle, ne trouve mieux à proposer que cent mille (100.000) FCFA. Comme dans un dialogue de sourds, celui-là s’empresse d’accepter et lui conseille d’envoyer les cent mille (100.000) FCFA par la voie d’orange money.

Et jusqu’ici, tout se passe au téléphone. Elle n’a pas physiquement rencontrer une seule fois ses protagonistes, et encore moins voir la matérialité  de la marchandise qui lui est proposée.

.Et alors, elle envoya les cent mille (100.000) FCFA par orange money, tel celui qui est dans sa chambre et qui jette son argent par la fenêtre. Le premier venu peut l’emporter.

Et puis, ce qui est sidérant, elle n’a même pas pris soin de requérir l’avis de ceux qui l’ont mise sur l’affaire avant d’effectuer quel que paiement que ce soit. Une affaire, qui avait pour origine la recherche d’un agent de marketing pour une prestation de services payants.

Mais, une fois cette somme envoyée, son interlocuteur, en l’occurrence le prétendu fournisseur, lui tire les vers du nez en lui exigeant d’en commander plus et de payer plus de transport, sinon il n’est pas en mesure de livrer la marchandise. C’est alors qu’elle a compris qu’elle est victime d’une arnaque. Affolée, elle appelle cette fois-ci son ami qui était en face de l’informaticien pour l’en informer. L’informaticien met au courant MT qui croyait en avoir fini depuis le moment où il a fait savoir que quelqu’un cherche un agent de marketing. MT conseille comme il se doit de saisir rapidement les autorités compétentes, en plus d’orange money si encore le retrait du montant n’est pas effectif.

Ainsi, elle va expliquer son problème au Commandant Adjoint de la BIJ. Mais, au lieu que ce dernier lui dise la vérité et promette, par conséquent, de mener des enquêtes pour retrouver rapidement les arnaqueurs, il impute le dossier à un officier de la brigade, en lui instruisant de mettre tout en oeuvre pour que la dame entre en possession de son argent. L’informaticien, convoqué, informe MT qui s’y rend d’initiative. Après la livraison des différentes versions, le bouc émissaire est vite trouvé en MT auquel sans raison l’on impute la faute du simple fait d’avoir appelé l’informaticien afin de trouver un agent de marketing, alors que nulle part il n’est prouvé qu’il connaissait les arnaqueurs et avait encouragé la dame à payer la somme. Donc, en toute conscience, il serait hasardeux d’imputer une infraction quelconque à MT.

En droit, les éléments constitutifs de l’infraction sont au nombre de trois (3): l’élément légal, l’élément matériel et l’élément moral. C’est dire, sans entrer dans le cours de droit, que le simple fait d’indiquer à quelqu’un le chemin qui mène à Rome ne peut pas constituer une infraction. Dans le cas qui nous intéresse, le défaut ici de l’élément moral fait tomber tout l’échaudage, car, à ce stade, la preuve ne peut pas être apportée pour affirmer que MT savait que c’était des arnaqueurs pour s’impliquer.

D’ailleurs, tous ceux qui connaissent MT, exempt de soupçons du genre toute sa vie, ne doutent pas qu’il n’acceptera pas de tomber si bas.

Donc, comme toute logique, MT a systématiquement refusé de payer un montant dont il ne connaît pas la destination. Malgré tout, pour exercer une pression, après des vas-et-viens, on lui fit notifier que l’affaire sera transmise au Tribunal de la CIV. Et de se présenter le lundi pour accompagner la procédure.

Au niveau du Tribunal de la CIV, ce fut un étonnement, car contre MT c’est impensable. Personne ne le connaît de telles turlupinades.

Néanmoins, pour plus de crédibilité, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de la Commune IV, par l’entremise de son Substitut, décida d’envoyer cette procédure à l’instruction.Ainsi, un Juge d’instruction fut saisi par ordonnance du Président du Tribunal.

Mais, avant, le Substitut,qui avait questionné les vis-àvis, avait confondu la dame qui a reconnu tout son tort dans cette affaire.

C’est alors qu’il y eut une surprise. Le Juge d’instruction, après l’interrogatoire de toutes les parties, malgré l’opposition de MT, paya, lui-même, les cent mille à la dame, qui ne demandait que cela, alors qu’elle a reconnu que celui-là ne se reprochait rien.

La seule explication dans le geste du Juge d’instruction demeure de ne pas permettre de ternir le corps de service de MT. Parce que beaucoup peuvent être prompts à accuser, souvent sans fondement, quand il s’agit d’une affaire dans laquelle certaines personnalités, de près ou de loin, sont citées, même si ces personnalités n’ont commis aucune faute. 

En résumé, les Maliens doivent être prudents contre de tels arnaqueurs qui profitent de leur côté faible, l’amour de l’argent facile, pour leur soutirer des sommes importantes. En effet, des douaniers, qui semblent être très avertis, se sont fait mollester des cinquantaines de millions par des prétendus multiplicateurs d’argent.

Prochainement, je vous ranconterais l’affaire d’un Huissier de Justice qui s’était fait prendre dans le filet de ces illusionnistes.

 

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