UN ILLUSIONNISTE SE PAYE LA TËTE D'UN HUISSIER



 

La renommée de l’Huissier N.K avait franchi les frontières du Mali, si bien qu’il était connu même dans les pays voisins, notamment en Guinée où il avait établi une relation maraboutique solide, qui lui prodiguait régulièrement des bénédictions.

Un jour, un homme de grande taille, de corpulence remplie, teint très clair, habillé entièrement d’un grand boubou et d’un pantalon bouffon blancs, abhorrant une barbe et une moustache bien taillées, avec un air débonnaire, fut conduit à son Etude. Ce dernier se présenta à lui comme un envoyé du marabout guinéen. Sans vraiment le connaître, et n’ayant pas eu le temps de contacter ledit marabout, il le reçut et lui fit conduire à la maison, à laquelle il instruit l’installation du nouveau venu. Pour tout bagages, il n’avait qu’un autre complet tout aussi blanc, ses livres coraniques et un écriteau dont l’encre noirâtre est préparée généralement par les marabouts.

Durant les premiers jours de son séjour qui n’avait pas duré, la première remarque était qu’il ne manquait aucune heure de prière à la mosquée d’à côté. Et cela, toutes les prières, sans exception. Et chaque prière était accompagnée de l’égrenage du chapelet et de lecture de coran. A l’occasion, il prêchait la bonne parole avec une telle éloquence que toute la famille de l’Huissier était convaincue qu’il était un grand marabout.

Un matin, alors que l’Huissier était allé au bureau, et les femmes étaient occupées à la cuisine, il appela un des fils de NK qui venait de passer devant la porte de la chambre qu’il occupait. Il posa la question à ce dernier pour savoir comment il se rendait à l’école. Ce dernier lui répondit que dès fois il s’y rendait avec le vieux, et parfois il empruntait le transport en commun. Il intima au jeune de se rendre au marché et de s’enquérir du prix d’une moto de ses préférences. Aussitôt, celui-ci se rendit au marché et obtint le prix d’une moto DT à plus de sept cent mille (700.000) FCFA, Le marabout informé, le fit asseoir sur le bout de la natte qui couvrait une bonne partie de la chambre, et réalisa un miracle par quelques incantations. De l’autre bout de la natte sur laquelle lui-même était assis, il tira les sept cent mille (700.000) FCFA et dit au fils de NK d’aller acheter la moto, mais avant de n’en parler à personne.

Quand le fils vint avec la moto et informa, enfin, que c’est le marabout qui la lui a payée, et de quelle manière, toute la famille fut subjuguée, Maître Huissier en plus. Dès cet instant, toutes les conditions d’accueil du marabout furent encore renforcées et agréables. Il déplaça pratiquement le centre d’intérêt vers sa personne. NK n’avait désormais yeux et oreilles que pour lui, et lui vouait un respect assimilable à une adoration. Il arrivait qu’il passât toute la journée auprès de ce marabout.

Quand le marabout sut qu’il était totalement acquis à sa cause, que le paroxysme de la confiance était atteint, il lui demanda d’amener tout argent qu’il a en sa possession afin qu’il le multiplia par cinq. NK vendit une de ses maisons, vida ses fonds de caisse et ceux de ses clients, et lui apporta cet argent dans une mallette. La somme était de quarante cinq millions (45.000.000) FCFA.

Lorsque leur causerie parvint à minuit comme d’habitude, le marabout se retira dans la chambre dont il ferma la porte à clé presqu’en présence de NK, avec la promesse de se consacrer au travail, par rapport aux djinns, de multiplication des quarante cinq millions par cinq.

D’habitude, c’était le marabout qui se réveillait à 05 heures du matin chaque jour pour se rendre à la mosquée. Mais, ce jour, personne ne l’entendit ouvrir la porte et même le moindre bruit de sa part. Quand ce fait insolite fut porté à NK qui l’attendait impatiemment, il ne trouva d’autre explication que le marabout a du passer toute la nuit à travailler; que donc, il dormait encore; que dans ce cas d’attendre 10 heures le temps qu’il se réveillât. A 10 heures encore du matin, que dalle, rien, il n’existait aucun signe de vie du marabout. Alors, NK se résolut à tambouriner d’abord légèrement la porte, ensuite avec insistance et puis avec des coups à réveiller un mort. Toujours pas de manifestation humaine dans la chambre. C’est alors qu’il comprit qu’il venait d’être victime d’une escroquerie.. Ce qui était étonnant, le marabout était parti de la chambre sans qu’aucune porte ou fenêtre soit ouverte. Il semble que dans ce cas de figure, il a pu certes utiliser une science qui lui a permis de sortir à travers un trou de la fenêtre ou à travers le mur. Etait-il que l’escroc avait disparu miraculeusement, en ne laissant derrière lui que la natte sur laquelle il couchait. NK, dans son affolement causé par ce déboire, se mit à courir dans tous les sens, à informer les services de police et de la gendarmerie et tous ceux qui étaient susceptibles de l’aider à retrouver le faux marabout.

A ce jour, l’homme continue à courir, et le pire, la relation maraboutique de la Guinée jure sur le coran qu’il n’avait  pas envoyé l’escroc à qui ce soit. Et se demande comment il a eu vent de la relation de Maître avec lui., pour l’identifier parmi ses nombreux talibés et visiteurs.

Enfin, afin que Maître rembourse l’argent de ses clients, il lui a fallu vendre une ou deux maisons, trimer dur et mettre en contribution toux ses amis tel que Feu Mamadou Sada Diallo.

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